Chiffres et nombres dans l’argumentation politique

 

Mots. Les langages du politique

Appel à contributions pour un dossier publiable fin 2012 Chiffres et nombres dans l’argumentation politique     La revue Mots. Les langages du politique entend publier en 2012 un dossier rassemblant des travaux portant sur l’usage des chiffres et des nombres dans l’argumentation politique.  

Problématique générale

  Les chiffres et les nombres ont le vent en poupe dans une société où l’affaiblissement des notions de normes et de valeurs tend à ouvrir largement le champ à celles d’évaluation et de quantification. Si les quantités chiffrées ont de tout temps été au fondement du commerce, des échanges économiques et de la finance, elles sont également devenues incontournables dans le domaine politique, social et culturel, qui affichent à l’envi statistiques, pourcentages, classements, palmarès… On s’intéressera ici à la dimension spécifiquement linguistique et argumentative des chiffres et des nombres dans le discours politique. Si les chiffres et les nombres sont des concepts de base d’une discipline ayant sa terminologie propre, les mathématiques, les mots qui les expriment appartiennent aussi au lexique courant et, en tant quel tels, possèdent des valeurs à la fois dénotatives et connotatives. On distingue traditionnellement les nombres ordinaux et les nombres cardinaux : les premiers traduisent le rang, la position relative ; les seconds servent à noter des quantités. On les divise en entiers naturels, entiers relatifs, nombres décimaux, nombres rationnels (ou fractionnaires : les deux tiers de, ¾ des, etc…). Chiffres et nombres peuvent s’écrire sous la forme de mots ou avec des chiffres. Les quantités indéfinies peuvent prendre des formes nominalisées et non pas chiffrées (une fraction de, la majorité de, une quantité de, un tas de, etc…). Les mots qui expriment des nombres peuvent prendre une valeur connotative, en particulier pour des nombres cardinaux ayant un statut particulier, comme zéro. Le mot premier prend facilement une valeur positive. Le mot un a la particularité de se confondre, dans certaines langues (en français en particulier) avec l’indéfini. Selon l’usage qu’on en fait, les mots chiffre (signifiant « nombre ») et nombre peuvent prendre des sens et des valeurs particulières en contexte. Si un chiffre est un caractère permettant de former un nombre, c’est aussi, par synecdoque, le nombre lui-même. C’est ainsi qu’on dira chiffre d’affaires, faire du chiffre, etc… tandis que le mot nombre exprime une masse indéterminée dans faire nombre, en nombre, etc. Dans le discours politique, chiffres et nombres seront souvent porteurs d’une valeur argumentative (l’argumentation étant ici entendue au sens large, pouvant s’adresser à l’émotion comme à la raison). On s’interrogera donc sur les types d’arguments qui peuvent être formulés au moyen des nombres : autorité, preuve, exemple, illustration, généralisation. On pourra questionner la portée mobilisatrice du propos quantifié, mais aussi ses vertus légitimante, stigmatisante, unifiante, clivante, identifiante… Pourront donc être étudiés les usages des statistiques, des dates, des palmarès, des revendications chiffrées et des évaluations… Mais s’intéresser à l’usage du propos chiffré en politique conduit à se demander comment il lui est répondu (des études interactionnelles sur ce point seraient utiles) : dévalorisation, contestation factuelle ou méthodologique (notamment par la dénonciation des erreurs de construction ou d’interprétation : il n’y a que 6% d’étudiants parmi les fils d’ouvriers / il n’y a que 6% de fils d’ouvriers parmi les étudiants). En somme, c’est toute la question de l’expression de la quantification dans le discours politique qui sera au coeur de ce dossier – quantification avec des mots, quantification avec des chiffres/bataille de mots, batailles de chiffres. La référence au politique s’entend ici de façon large : vie politique (concurrence des acteurs et des organisations), politiques publiques, politisation/dépolitisation (représentations et mises en scène de la conflictualité sociale). Plutôt qu’un repérage systématique des spécificités de l’usage des nombres dans le domaine politique, on attend principalement des études de cas portant sur les situations dans lesquelles on a recours au nombre dans le discours politique. La diversité des aires culturelles concernées sera appréciée. Quelques expressions de statuts divers (dénominations, slogans, démonstrations…) peuvent être citées ici à titre d’exemple : les Deux Cents familles ; les Cent jours ; la Guerre de Cent ans ; le Parti des 100 000 fusillés ; les 101 propositions ; amis de trente ans ; Centenaire de … ; gouvernement resserré ; équipe restreinte/élargie ; la majorité c’est vous !; il faut se compter ; nous sommes trois cent milles !; on attend cinquante mille participants !; la Première Dame de France ; savez-vous combien de…/quel est le prix de… ?; ce n’est pas moi qui le dis, ce sont les chiffres/ce ne sont pas les chiffres qui comptent. Mais aussi l’évocation du nombre d’adhérents, de grévistes ou de manifestants ; du pourcentage de votants ou de voix ; de statistiques économiques ou démographiques ; de la parité ; de la proportionnalité ; de la fortune ; des heures de travail ; de l’âge…  

Modalités de soumission

Les contributions pourront prendre la forme d’articles (maximum 40 000 signes tout compris) ou de notes de recherche (maximum 15 000 signes tout compris). Les auteurs soumettront aux trois coordonnateurs, avant le 1er novembre 2011, un avant-projet (3 000 signes maximum tout compris), dont l’acceptation vaudra encouragement mais non pas engagement de publication. Les contributions devront être proposées aux trois coordinateurs avant le 1er mars 2012. Conformément aux règles habituelles de la revue, elles seront préalablement examinées par les coordinateurs du dossier, puis soumises à l’évaluation doublement anonyme de trois lecteurs français ou étrangers de différentes disciplines. Les réponses aux propositions de contributions seront données à leurs auteurs au plus tard en juillet 2012, après délibération du Comité éditorial. Les références bibliographiques devront figurer en fin d’article et être mentionnées dans le corps du texte sous la forme : (Machin, 1983). L’usage des caractères italiques sera réservé aux mots et expressions cités en tant que tels, et les guillemets aux énoncés dûment attribués à un auteur, ou à la glose d’un syntagme. Un résumé de cinq lignes et cinq mots-clés seront joints à l’article.  

Coordination du dossier

  Paul BacotDominique DesmarchelierSylviane Rémi-Giraud         Télécharger l'appel à contributions           .
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