avis_de_soutenance Avis de soutenance

Soutenance de l'HDR de Marion Carrel

Du 5 décembre 2017 au 5 décembre 2017
De 14:00 à 17:00
Type
Avis de soutenance
Site Pouchet du CNRS, Salle 124, 59-61 rue Pouchet, 75017 Paris, métro Brochant ou Guy Môquet
vous annoncer la soutenance de l'Habilitation à Diriger les Recherches de Marion Carrel, qui aura lieu le 5 décembre à partir de 14h, àl’Université Paris 8 ().
 
Le jury est  composé de :

Marie-Hélène Bacqué, Professeure à l’Université Paris Ouest Nanterre

Michel Kokoreff, Professeur à l’Université Paris 8 (garant)
Catherine Neveu, Directrice de recherche au CNRS (rapportrice)
Albert Ogien, Directeur de recherche émérite au CNRS (rapporteur)
Jacques Rodriguez, Professeur à l’Université Lille 3
Deena White, Professeure à l’Université de Montréal

Le dossier d'habilitation se compose des pièces suivantes :

1. Mémoire de synthèse
De la démocratie participative au croisement des savoirs

2. Mémoire original
Expériences de discriminations et politisations émergentes. Enquête à Villepinte et Montréal-Nord

3. Recueil de publications

La soutenance sera suivie d'un pot auquel vous êtes chaleureusement conviés.

Jury
Le mémoire de synthèse, intitulé « De la démocratie participative au croisement des savoirs », présente les déplacements qui ont caractérisé mon parcours de recherches depuis la soutenance de la thèse en sociologie en 2004. De l’analyse de la politique de la ville sous l’angle de la « participation des habitants », les objets de recherche ont évolué vers les dispositifs de démocratie participative tels que les conseils de quartier, puis se sont éloignés des institutions pour explorer « par le bas » la citoyenneté plurielle et la diversité des formes d’engagement dans les quartiers populaires. Sur le plan théorique, mes recherches situées à l’origine au croisement de la sociologie urbaine, de l’analyse des politiques sociales et de la sociologie pragmatiste des problèmes publics se sont élargies au champ de la démocratie participative et délibérative, puis à la sociologie de la citoyenneté étudiée dans ses dimensions relationnelles, processuelles et communautaires. Mon orientation récente sur les discriminations accompagne un déplacement vers une sociologie davantage attentive aux questions de genre, de classe et de race, tout en restant centrée sur les processus d’émancipation. Sur le plan méthodologique enfin, j’ai progressivement complété l’approche ethnographique par des coopérations de recherche avec les mondes militants et professionnels, jusqu’à pratiquer une forme plus poussée de recherche participative, sous la forme du croisement des savoirs avec des personnes en situation de pauvreté.

Le premier chapitre de ce mémoire, intitulé « De la politique de la ville à la démocratie participative », analyse les effets délétères de l’injonction participative dans les quartiers d’habitat social et par contraste les expériences de développement social ascendant et d’interpellation des services publics enclenchées par des « artisans de la participation » inspirés de l’éducation populaire (groupes de qualification mutuelle, co-formations, théâtre de l’opprimé, automédiatisation, etc.). Ces démarches sont l’antithèse de l’empowerment néolibéral qui vise à réduire les dépenses des services publics et responsabiliser uniquement les habitants des quartiers populaires dans le développement de leur pouvoir d’agir. Je décris ensuite l’élargissement de mes recherches au champ de la délibération et de la participation, au gré des recherches, enseignements et animations de la recherche que j’ai développés, avec notamment la création de la revue Participations. Le second chapitre de ce mémoire, intitulé « De l’ethnographie de la citoyenneté au croisement des savoirs », insiste sur le déplacement d’une démarche centrée sur la démocratie participative institutionnalisée vers les pratiques variées d’engagement et de citoyenneté dans les quartiers populaires. Dans le sillage des réflexions sur le savoir et le pouvoir, et sur l’égale capacité à formuler les termes d’une question politique, elle décrit les effets des démarches de coopérations de recherche, puis de croisement des savoirs entre personnes en situation de pauvreté, chercheurs et professionnels telle qu’expérimentée avec l’association ATD Quart Monde.

Le mémoire original, intitulé « Expériences des discriminations et politisations émergentes. Enquête à Villepinte et Montréal Nord », s’appuie sur une nouvelle recherche démarrée en 2015 dans les quartiers populaires de Villepinte, en Seine-Saint-Denis, et de Montréal-Nord, au Québec. L’enjeu consiste à analyser en quoi les expériences de discrimination territoriales, ethno-raciales ou religieuses constituent, ou pas, un vecteur de politisation (dans le cadre de la recherche ANR « Experiences Of Discrimination, Participation and Representation » dir. Julien Talpin, Ceraps/ Lille 2). Cette mémoire entend contribuer aux débats sur la définition du politique, incluant les pratiques de citoyenneté « à bas bruit », les phénomènes d’invisibilité et de visibilité ou encore les différents degrés ou seuils de politisation. L’introduction est l’occasion de synthétiser les débats actuels en sciences sociales sur la politisation et les discriminations.

Le premier chapitre décrit mon enquête ethnographique dans les quartiers populaires de Villepinte et Montréal-Nord et expose de premiers résultats sur l’expérience des discriminations telle qu’elle est vécue par les personnes. Cette enquête a pris la forme d’observations dans les quartiers, d’entretiens avec des habitants, d’obervations et d’entretiens au sein de l’association « Zonzon 93 » à Villepinte et du « Café-Jeunesse Multiculturel » à Montréal Nord, en enfin d’entretiens avec des agents des pouvoirs publics. Je présente le contexte de chaque terrain d’enquête ainsi que quelques éléments comparatifs sur les politiques publiques en matière de lutte contre les discriminations dans les deux pays. La deuxième partie de ce chapitre s’appuie sur les entretiens réalisés avec les habitants pour analyser d’abord l’épreuve que l’expérience des discriminations constitue pour les individus, et les formes d’évitement et de résignation qui l’accompagnent. L’analyse se centre ensuite sur les facteurs explicatifs du déclenchement des processus de dénonciation et de lutte contre les discriminations. L’enquête montre que si les dimensions de classe, de socialisation familiale et de contexte culturel sont des facteurs importants dans le déclenchement de cette politisation, d’autres facteurs liés aux trajectoires individuelles et collectives apparaissent, tels que des événements familiaux traumatiques liés à la police, la fréquentation d’une association d’éducation populaire ou la rencontre avec le réseau de l’antiracisme politique.

Le deuxième chapitre, intitulé « Mobilisations collectives et politisations émergentes », s’appuie sur l’observation des collectifs et associations et les entretiens avec leurs membres. Dans un premier temps, trois formes de mobilisation sont décrites : celles qui se donnent à voir à travers les activités de Zonzon 93, du Café-Jeunesse Multiculturel, et sous une forme beaucoup moins organisée, des mères de famille qui échangent devant l’école du quartier Pasteur à Villepinte sur leur sentiment d’injustice vis-à-vis des activités périscolaires. Dans un second temps, je procède à une analyse comparée de ces discours et activités pour mettre à jour les forces et vulnérabilités des « subalternes » lorsqu’ils s’organisent dans une logique de lutte pour leur reconnaissance. Si des différences fortes apparaissent entre les contextes français et québécois, il apparait que les deux associations partagent de nombreux principes et modes de faire, comme un féminisme en pratique, une conception participative de la démocratie, une forte présence du care, du relationnel, du culturel et festif, du multiculturel ainsi que des vulnérabilités et découragements organisationnels. Enfin, dans un souci de rassembler mes résultats et de contribuer à alimenter le débat scientifique, le chapitre se termine sur une proposition de typologie des différents degrés et formes de politisation, incluant le partage de troubles avec les voisins, les contre-espaces publics, les dimensions d’enquête et de publicisation, l’appel au juridique ou encore l’interpellation des pouvoirs publics.

La conclusion est l’occasion d’une ouverture épistémologique sur la recherche collaborative et le croisement des savoirs, avec la présentation de nouveaux projets de recherche et d’enseignement.