Quand le public prend ses distances avec la participation. Topiques de l'ironie ordinaire

        BARBIER Rémi (2005), "Quand le public prend ses distances avec la participation. Topiques de l'ironie ordinaire",Natures Sciences Sociétés, n°13/3, pp.258-265.         Présentation de l'article par la rédaction  de NSS :La participation du public à la décision est souvent portée aux nues, présentée comme si elle ouvrait à l’action publique de nouveaux horizons sans nuages. . . Comment comprendre alors que le public, parfois, ne se bouscule pas au portillon de la "démocratisation de la démocratie" ? Cet article nous propose de prendre cette question au sérieux et pose les bases d’une réflexion rigoureuse sur les raisons que le public peut avoir de se cantonner dans un recul ironique. L’auteur apporte ainsi une contribution originale à l’émergence nécessaire de nouvelles approches critiques de la concertation.      

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    Résumé :   L'idée selon laquelle les profanes sont à même de coproduire des connaissances ésotériques, d’apprivoiser et de coévaluer les projets techniques s’est progressivement répandue. Les controverses liées à l’environnement nous conduisent toutefois à prendre au sérieux deux autres phénomènes : d’une part, le refus de personnes ordinaires de s’engager dans lesmultiples arènes de participation qui leur sont offertes ; d’autre part, la capacité des mêmes personnes ordinaires à résister de manière radicale, mais "robuste", c’est-à-dire recevable par un autrui quelconque, aux arguments des experts. Ces deux phénomènes ne peuvent être uniquement interprétés comme des retards sur la voie d’une véritable démocratie technique. Ils témoignent de l’exercice d’une compétence de jugement, susceptible de se clore sur un détachement ironique vis-à-vis des mondes du politique et de la science. Nous détaillons deux versants de cette ironie, la lucidité et le désenchantement.     Plan de l'article :   À l’aube d’une nouvelle ère démocratique ? L’ironie ordinaire Tableau des topiques de l'ironie  (p.260) :
  Lucidité Désenchantement
Monde public du débat politique La décision est confisquée par les "gros" Finalement, la démocratie technique est impossible
Monde public des controverses scientifiques L'expert est aux ordres Finalement, on ne sait rien
La démocratie participative face aux récalcitrants-La participation, nouvel impératif catégorique -Ironie et critique du pouvoirLa démonétisation ordinaire des sciences et des scientifiques-Le pacte de confiance de la modernité -Ironie et critique des sciencesPerspectives : la voie étroite entre déférence et ironie     Abstract :When Laypeople are Wary of Participation. A Reflection on Ironic Detachment towards Technical Democracy. Laypeople’s capacity to co-produce scientific knowledge and to evaluate scientific projects has been progressively acknowledged. Yet environmental controversies have led us to consider two other significant phenomena, i.e., laypeople’s reluctance to take part in participation arenas, and the ability of these very same people to energetically and convincingly take a stand against the arguments of experts. Considering these two phenomena only as a hold-up on the way to true technical democracy would be an error. They highlight the capacity of laypeople to exercise judgement, which could well lead to their adopting an ironic stance towards both politics and science. In this paper we have attempted to explore the two features underpinning this judgment, namely clear-sightedness and disenchantment. We show that ironic judgment can reflect bad experiences shared by others, and may be potentially strengthened by social sciences theories, especially those criticizing political power and science. However, if widespread, irony could lead to a paralysed society. To conclude, we suggest an alternative way of considering science and politics, removed from either respect or sterile irony.