Pratiques délibératives et engagement des profanes

         
REVEL Martine (2009), "Pratiques délibératives et engagement des profanes", Actes du colloque Formes et lieux de production de l'activité politique, Association Française de Sociologie, Paris. 
  
  La loi de démocratie de proximité de 2002 a rendu obligatoire la saisine de la Commission Nationale de Débat public en France pour les grands projets d'aménagement. Un débat public peut alors être organisé durant quatre mois, animé par une commission particulière, garante de sa qualité, et qui fixe le calendrier des réunions publiques. Dans le cadre d'une étude collective comparative de six débats publics routiers , nous analysons comment l'émergence de certains acteurs inattendus fait évoluer la dynamique du débat. Un discours expert alternatif émerge de la salle, et parvient parfois à conquérir une plus grande légitimité en interprétant et en sollicitant les outils et les modes de régulation mis en place par la commission pour garantir la neutralité des débats. Cette expertise non professionnelle se développe différemment suivant le type d'organisation retenu par la commission, en fonction de différents critères (animation des débats, définition du cadre du débat, plus ou moins grande ouverture des échanges délibératifs, temporalité). Nous montrons que si les travaux de Habermas sur l'éthique de la discussion nous permettent bien de définir l'espace public, ils laissent impensés les questions de dissymétries et de reproduction sociales. Dès lors, il nous faut aussi considérer les phases de résistance aux assignations de rôle, de négociation et de légitimation croisée qui tendent à redéfinir les équilibres entre acteurs institutionnels et contestataires. On parvient ainsi à saisir l'équilibre spécifique qui s'instaure au cours de chaque débat, ainsi que les principales tendances transversales, regroupées autour de trois axes : le cadrage du débat, le positionnement des acteurs et les modes de régulation. Le matériau empirique mobilisé est constitué des débats publics routiers de la Laalb, de Bordeaux, de Rouen, de Nice, de Neuilly et de l'A 12, organisés par la Commission Nationale du Débat Public entre 200 3 et 2007. Il s'agit des résultats d'une enquête comparative menée collectivement intitulée « Etude sociologique d'analyse des interactions entre les acteurs participant à des débats routiers et de définition du cadre théorique de déroulement de ces débats » pour le compte du Ministère de l'Equipement (Direction des Routes) et du Conseil Général des Ponts et Chaussées. Dans une première partie nous définissons le lien entre expertise alternative et débat contradictoire, avant de nous pencher, dans une seconde partie, sur les formes multiples de légitimation de ces pratiques discursives. Enfin, nous discutons l'existence de facteurs non dialogiques dans l'émergence d'une forme de discours alternatif.