Les futurs de la démocratie

L'Interface Sciences-Société et le Centre d'Histoire des Idées Politiques et des Institutions (CHIPI) de l'Université de Lausanne on le plaisir de vous convieer au colloque international :   Les futurs de la démocratie

23-24 février 2012

Université de Lausanne, bâtiment Amphipôle, salle Anthropos Café (Plan d'accès) Entrée libre dans la mesure des places disponibles.  

JEUDI 23 FÉVRIER

10h00 - 13h00 : Temps et futur comme notions politiques

Alexandre Escudier (CEVIPOF, Sciences Po Paris), « Accélération sociale et conscience de crise »

Michèle Riot-Sarcey (Université Paris 8), « De l'idée de souveraineté au gouvernement des hommes. Comment repenser la modernité ? »

Philippe BLANCHARD (IEPI, UNIL), « Kychtym, Tchernobyl, Fukushima : demain meurt-il jamais ? »

13h00 - 14h30 : Déjeuner

14h30 - 17h30 : Écologie et représentations du futur

Arno Münster (Université de Picardie), « Éthique et écologie politique (vers une société écologique par la justice sociale ?) »

Yannick Rumpala (Université de Nice), « L'éthique mutuelle et l'esprit de l'aprèscapitalisme »

Bruno Villalba/Luc Semal (Université de Lille), « Matérialité écologique et contraction démocratique »

 

VENDREDI 24 FÉVRIER

9h00 - 12h00 : Pensées du temps

Yaël Hirsch (Sciences Po Paris), « Le Temps hors de ses gonds : l'effet de tensions passées et inapaisées sur l'ordre politique présent chez Arendt, Jonas et Strauss »

Biancamaria Fontana (IEPI, UNIL), « Maîtriser le temps : démocratie et modération dans la réflexion de Germaine de Staël »

Thierry Bornand (IEPI, UNIL), « Utopie et émancipation : autour de Miguel Abensour »

12h00 - 13h30 : Déjeuner

13h30 - 16h30 : Le futur des institutions démocratiques

Yves Sintomer (Université Paris 8 et Centre Marc Bloch, Berlin), « Les nouvelles figures de la représentation démocratique »

Gil Delannoi (CEVIPOF, Sciences Po Paris), « Que reste-t-il de la démocratie ? Passé et futur d'une idée »

Dominique Bourg (Université de Lausanne), « Démocratie, long terme et écologie : état des lieux »

16h30 : Conférence de clôture :

John Dunn (University of Cambridge), « The Future of Democracy : Normative Horizon and Causal Expectations »  

Présentation

Depuis les années 1990, on ne compte plus les ouvrages annonçant la « fin de l'histoire » (Fukuyama, entre autres), l' « effacement de l'avenir » (Taguieff 2000) ou autre « sacre du présent » (Laïdi 2000), quand on n'avance pas que le temps, décidément, semble « accélérer » (Rosa 2010) ou que l'on assiste à sa « compression » (Harvey 1990). Le futur est une dimension temporelle qui est réputée avoir disparu, alors que nous vivrions maintenant dans un « présentisme » généralisé (Hartog 2003). Par rapport aux grandes téléologies des XIXe et XXe siècles - le progrès, la révolution, la société sans classes ou, dans des versions plus sombres, l'État totalitaire ou le « Reich de mille ans » -, force est d'admettre que les représentations contemporaines du futur sont plus modestes, moins assurées, plus floues. Sont-elles pour autant absentes ?

Car dans le même temps, on doit observer l'apparition de problématiques très fortement liées à cette dimension du futur. Nous pensons en premier lieu aux questions écologiques, qui n'hésitent pas à faire des projections à très long terme. Dans les deux sillages séparés de Hans Jonas et Günther Anders se sont par exemple développées des réflexions sur l'« éthique du futur » d'une part ou sur « la catastrophe à venir » d'autre part (Dupuy 2002). Parallèlement mais minoritairement, un auteur comme André Gorz a tenté d'imaginer un autre futur pour l'écologie (Gorz 2008 ; Münster 2011). En outre, la croyance en un progrès scientifique et technique n'a pas disparu, notamment dans des domaines comme l'informatique ou les techniques bio-médicales par exemple. Des limites qui semblaient encore infranchissables naguère sont aujourd'hui questionnées, et la vieille idéologie du progrès renaît de ses cendres, pour autant qu'elle se fût complètement consumée une fois. Enfin, comment oublier que tout le système économique et financier connu sous le nom de capitalisme repose sur la croyance partagée, quoique souvent implicite, que ledit système va perdurer à long terme (Pomian 1980). C'est la première face du futur de nos démocraties : ce que celles-ci seront demain. Ce futur-ci va bientôt commencer.

Puisque l'effacement du futur doit être contesté, il faut parvenir à prendre la mesure du, ou plutôt des nouveaux rapports que les sociétés contemporaines entretiennent avec le futur. Il faudra également se demander si ces nouveaux rapports sont compatibles ou non avec des institutions démocratiques. On ne peut en effet oublier l'avertissement de Tocqueville (De la démocratie en Amérique II, II, 2) lorsqu'il écrivait que le futur est l'affaire de l'aristocratie, alors que la démocratie se préoccupe principalement du présent. Peut-on renverser le jugement de Tocqueville tout en conservant sa description : affirmer que la démocratie devrait chercher à s'exercer d'abord dans le présent ? La seconde face du futur dans nos démocraties est donc la suivante : ce que le futur représente pour elles aujourd'hui. Ce futur-là, à l'inverse, ne pourra jamais commencer (Luhmann 1976 ; McTaggart 1908).

La temporalité politique ne peut être présentée comme un jeu à somme nulle. La prééminence du passé suppose la disparition du présent et du futur, et ainsi de suite. Il nous semble indispensable, à des fins tout aussi bien analytiques que politiques, de rétablir une double pluralité dans l'appréciation de la temporalité, tout d'abord en reconnaissant que passé, présent et futur cohabitent toujours, et ensuite en cherchant à élucider les différents rapports que l'on entretient à des passés, des présents et des futurs qui sont eux-mêmes différents. Derrière cette double pluralité gît en réalité une autre question que la philosophie politique a rarement traitée : celle du caractère politique du temps lui-même (Chollet 2011).

 

Déroulement du colloque

Quatre thématiques principales ont été dégagées, qui permettront de circonscrire ce rapport entre futur et démocratie, tout en en montrant la dimension profondément polysémique. Nous nous intéresserons tout d'abord à la dimension politique des notions de temps et de futur. La seconde thématique a trait à l'écologie, puisque c'est l'un des sujets politiques contemporains les plus orientés vers le futur, comme cela a été rappelé plus haut. Troisièmement, la question de l'utopie occupera une demi-journée, en cherchant à montrer quelles sont ses figures temporelles principales et si ces dernières sont compatibles avec celles véhiculées par la démocratie. Enfin, pour chercher à lier l'ensemble sans être toutefois certains d'y parvenir, nous consacrerons la fin du colloque à la question des institutions démocratiques proprement dites et à leurs évolutions possibles, probables ou souhaitables.

Le partenariat conclu avec l'Interface Science-Société (ISS) de l'Université de Lausanne permettra d'assurer le lien avec la cité et de faire de ce rendez-vous scientifique un moment de réflexion sociale et politique par-delà l'institution universitaire proprement dite. L'actualité des questions abordées et les enjeux décisifs qu'elles recouvrent commandent en quelque sorte de ne pas limiter leur examen à l'intérieur des seules universités.

 

Conseil scientifique :

John DUNN (University of Cambridge), Alexandre ESCUDIER (CEVIPOF, Sciences Po Paris), Bernard MANIN (EHESS, New York University)

Organisation :

Biancamaria FONTANA (CHIPI, Université de Lausanne), Dominique BOURG (Université de Lausanne), Antoine CHOLLET (CHIPI, Université de Lausanne)