La démocratie directe renforce-t-elle l’efficacité politique des citoyennes et des citoyens ?

          BERNHARD Laurent et BÜHLMANN Marc (2011), "La démocratie directe renforce-t-elle l’efficacité politique des citoyennes et des citoyens ?", communication à la Journée d'études sur les effets de la participation, Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales de Paris, 21 octobre 2011.

 

 

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 Résumé de l'article

  L’introduction d’institutions de démocratie directe demeure très controversée. Lorsqu’il s’agit d’évaluer les avantages et les inconvénients de des droits populaires, les considérations théoriques portant sur les compétences des citoyennes et des citoyens revêtent une importance cruciale. D’un point de vue élitiste, les citoyens et les citoyennes ne sont pas en mesure de participer de manière adéquate à ce type de processus décisionnel. Les théoriciens tels que Schumpeter (1942) estiment que la démocratie directe est trop exigeante pour les citoyennes et les citoyens ordinaires,  car les sujets soumis au vote s’avèrent souvent très complexes. Il en découle que les droits participatifs devraient se limiter aux institutions de la démocratie représentative en général et au droit de vote aux élections en particulier. A l’opposé, les représentants de la théorie intitulée ‘démocratie participative’ (Barber 1984, Pateman 1970) sont favorables à l’instauration de votes populaires. Ils postulent que ceux-ci ont pour effet de renforcer les compétences des citoyennes et des citoyens. Selon cette perspective, l’opportunité de participer à des référendums et à des initiatives incite les citoyennes et les citoyens à s’intéresser davantage à la politique et donc d’acquérir les informations et les aptitudes nécessaires. Cet article  propose d’enrichir le débat  sur les mérites relatifs de la démocratie directe par une analyse empirique. Nous examinerons dans quelle mesure le degré de démocratie directe influence le degré d’efficacité politique des citoyennes et des citoyens. Le concept de l’efficacité politique, élaboré par Campbell et al. (1954), se rapporte aux sentiments exprimés par les citoyennes et les citoyens d’être en mesure d’avoir un impact sur leur environnement politique respectif. L’analyse empirique porte sur le contexte local suisse. Elle s’appuie sur des données structurées de manière hiérarchique, combinant des données individuelles émanant d’une enquête d’opinion et des données contextuelles au niveau des communes sélectionnées. Le fait que les communes suisses se distinguent en ce qui concerne  le développement de la démocratie directe nous permet d’examiner notre question de recherche. Notre résultat principal, obtenu à l’aide d’analyses multi-niveaux, suggère que la démocratie directe exerce un effet positif sur les deux types d’efficacité politique.  En outre, nos analyses démontrent que le degré d’efficacité politique augmente plus l’implication politique est élevée. Néanmoins, il est à relever que ces écarts entre les personnes fortement et peu impliquées politiquement ont tendance à se réduire sensiblement dans les communes où la démocratie directe est plus développée.        

 Abstract 

  Introducing direct-democratic institutions remains very controversial. When it comes to assess the benefits and shortcomings of direct democracy, questions about the competence of citizens are of crucial importance. From an elitist point of view, citizens are not able to participate in complicated political decision making.  From a participatory point of view, however, direct democracy strengthens the citizens' self-confidence and lets them acquire the skills they need to participate in politics.  In our article, we propose to enrich this debate by means of an empirical analysis. We examine to what extent direct democracy increases the degree of political efficacy. The concept of political efficacy which has been elaborated by Campbell et al. (1954) refers to the citizens' beliefs to have an impact on their respective political environments. The empirical analysis examines Swiss municipalities and is based on a unique hierarchical data set, combining individual survey data with institutional and socio-structural macro data of selected municipalities. To study our research question, we make use of multilevel analyses. Our main result suggests that direct democracy leads citizens to feel more efficacious.  

 

 

 

 Actes du Premier Congrès du GIS Démocratie & Participation