Des différents modes de production de la démocratie

   

Sylvain Lavelle (CETS, ICAM), « Des différents modes de production de la démocratie », in GIS Démocratie et Participation, Actes du Colloque “Chercheur.e.s et acteur.e.s de la participation : Liaisons dangereuses et relations fructueuses”, Saint-Denis, 29-30 janvier 2015, ISSN en cours, URL : http://www.participation-et-democratie.fr/fr/node/1838

 

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 Résumé de l’article

L’ambition d’une “démocratisation de la démocratie” a été largement portée par le courant de la démocratie technique et dialogique. L’intérêt des modèles et dispositifs qu’il propose est de contrer les tendances à la confiscation du pouvoir et du savoir qu’entraîne la double délégation aux élus et aux experts. Cependant, pour fructueuse qu’ait pu être cette voie nouvelle et originale, qui lie participation et recherche, elle n’épuise pas le spectre de la démocratisation. Elle combine des éléments, tels que le débat public et la co-production des savoirs, la procédure dialogique et la recherche coopérative qui ne sont qu’un assemblage possible parmi d’autres. En outre, elle est porteuse d’une certaine confusion des domaines ou des genres du fait du périmètre excessivement large attribué au “technique” et au “dialogique”. Il existe sans doute dans la double délégation et ses voies de dépassement un parti pris fondamental qui favorise le tropisme cognitif et procédural des différents modèles et dispositifs. Or, la délégation, de fait et de droit, est multiple : délégation du “savoir” (épistémique), mais aussi délégation du “devoir” (éthique), du “faire” (technique) et du “créer” (esthétique). Face à la délégation multiple, il existe mille et une manières de produire de la démocratie, selon des modes à chaque fois différents qui articulent des moyens divers (matériels et immatériels) et des fins elles-mêmes diverses (dont celles d’égalité et de liberté). L’essai de typologie qui est proposé ici permet de rendre compte de ces différents modes de production de la démocratie et de l’élargissement du spectre des procès de démocratisation sur lesquels ils débouchent. On peut ainsi envisager un ensemble de modèles plus varié et plus large: (1) Des modèles “analytiques”, d’un côté, centrés sur le procès de démocratisation dans un domaine spécifique (démocratie technique, mais aussi, épistémique, éthique, esthétique) ; (2) Des modèles “synthétiques”, de l’autre, qui rendent compte du procès de démocratisation selon un plan plus générique, par delà les différents domaines (démocratie polyarchique, hétérarchique, pragmatique, méthodique). L’enquête sur les modes de production de la démocratie suggère une voie alternative, ou du moins, complémentaire de celle qui lui sert de point de départ, notamment sur la question de la démocratisation de la recherche, sans prétendre en être le point d’arrivée. Cette voie s’inscrit dans la séquence et l’horizon d’un changement de paradigme marqué par l’émergence d’une recherche généralisée, laquelle n’est toutefois qu’un aspect d’un régime de démocratie généralisée.

 Actes du Colloque “Chercheur.e.s et acteur.e.s de la participation : Liaisons dangereuses et relations fructueuses”

 

  Sylvain Lavelle (CETS, ICAM), “About different modes of production of democracy

 Abstract

The ambition of ‘democratizing democracy’ has been largely supported by the stream of technical and dialogical democracy. The interest of its models and devices is to oppose some social trends leading to confiscation of power and knowledge as entailed by the double delegation to representatives or experts. This new and original way linking participation and research has been certainly fruitful, but it does not exhaust the spectrum of democratization. It combines indeed some elements such as public debate and co-production of knowledge, dialogical procedures and cooperative research which are only one possible combination among many others. In addition, it carries about some confusion of domains or kinds due to the excessively broad scope attributed to the ‘technical’ and to the ‘dialogical’. There is no doubt in the double delegation and its alternatives a radical bias that encourages the cognitive and procedural tropism of the different models and devices. Actually the delegation de facto and de jure is multiple: delegation of ‘knowledge’ (epistemic), but also delegation of ‘will’ (ethical), of ‘production’ (technical) and of ‘creation’ (aesthetical). In response to the multiple delegations, there are plenty of modes of production of democracy that articulate various means (material and non-material) and various ends (including those of equality and liberty). The typology proposed here attempts to give an account of these different modes of production of democracy in widening the spectrum of democratization processes. One can thus consider a more extended set of models: (1) ‘Analytical’ models on the one hand that are centred on the process of democratization in a specific field (technical, but also epistemic, ethical, aesthetical); (2) ‘Synthetic’ models on the other hand that reflect the process of democratization at more generic level, ie across the various fields (polyarchical, heterarchical, pragmatic, methodical). The inquiry on the various modes of production of democracy suggests an alternative or at least a complementary path to that which serves as a starting point, especially on the issue of democratization of research, without claiming to be the arrival point. This path is part of the sequence and the horizon of a paradigm shift that accounts for the emergence of a generalised research, which is however only one aspect of a generalised democracy.

 

Abtracts of the Conference “Practitioners ans Researchers on Public Participation:Dangerous Liaisons and Fruitful Relations”