Comment Internet change (ou pas) les règles du jeu politique

6ème Congrès des Associations Francophones de Science Politique - CoSPoF 2015

Institut d'études politiques et internationales Université de Lausanne jeudi 5 février - samedi 7 février 2015

 

ST 26 - Comment Internet change (ou pas) les règles du jeu politique

organisé par :

Appel à communications

La capacité présumée d’Internet à revitaliser la démocratie en favorisant la participation politique est encore aujourd’hui abordée, par de nombreux chercheurs, sur le mode de l’évidence.

L’analyse académique « à chaud »1 du « printemps arabe » atteste de la fascination suscitée par le web politique. Certains n’ont pas hésité à parler de « révolution Facebook » ou « révolution Twitter », faisant de l’essor des réseaux sociaux la cause principale du déclenchement de mouvements contestataires. D’autres, au contraire, ont affirmé qu’Internet n’avait joué aucun rôle. Ces conclusions caricaturales soulignent la nécessité de déconstruire certains présupposés qui entourent le numérique. Ce sont généralement les acteurs eux-mêmes qui parlent d’innovations, de changements, de nouveautés et le chercheur se doit d’analyser ces croyances, d’en examiner la dimension rhétorique - voire injonctive -, sans pour autant prendre comme présupposé que le champ sémantique du « nouveau » n’existe pas.

Si le « printemps arabe » et plus largement l’usage du numérique dans des mouvements contestataires ou des organisations non institutionnalisées2 soulèvent de multiples interrogations, une faible attention a été accordée jusqu’alors à l’incorporation du web au sein des partis politiques. Ces derniers ont pourtant largement investi le champ du numérique, notamment en période de campagne électorale3. La campagne pour l’élection présidentielle française de 2012 illustre cet impératif numérique4.

L’introduction du web au sein des instances politiques traditionnelles introduit-elle de la nouveauté, du changement dans les façons de faire classiques ? Les dynamiques internes de l’organisation politique sont souvent ignorées dans les travaux sur le web politique5, alors que l’introduction du numérique peut nous éclairer sur les logiques contradictoires qui président à la « modernisation » du parti.

La mise en avant du volet numérique lors des campagnes électorales amènerait-il les citoyens à adopter un rapport différent au politique ? Chaque citoyen peut désormais devenir « journalisteblogueur », relayer ses opinions, faire entendre sa voix. Assistons-nous à une forme de renouveau démocratique grâce à ces dispositifs numériques ou à une véritable cacophonie où les extrêmes se font toujours plus entendre ? Les réseaux sociaux encouragent-ils d’autres formes de participation ou plutôt la participation de catégories d’électeurs qui, autrement, ne se seraient pas intéressés à la politique ?

S’il est encore tôt pour en mesurer tous les changements, on peut toutefois s’interroger sur leur portée dans les mobilisations des citoyens en général (adhérents, sympathisants, non-encartés, séniors, etc.) et la reconfiguration potentielle des organisations partisanes au prisme du numérique. Tel est l’objectif de cette section thématique, qui accueillera autant les propositions théoriques que les nouveaux travaux empiriques qui illustrent comment Internet change – ou ne change pas – les règles du jeu politique.

Toutes les propositions de communications doivent impérativement être déposées sur le site web du colloque : https://www3.unil.ch/cospof15-registration/?target=submission

La date de clôture des envois est fixée au 30 septembre 2014

  • 1. Des travaux plus récents ne souffrent pas de ces écueils (voir C. Cuny et H. Nez, « La photographie et le film : des instruments de pouvoir ambivalents », Participations. Revue de sciences sociales sur la démocratie et la citoyenneté, 3, 2013, p. 7-46 ; D. M. Faris, « La révolte en réseau : le ‘printemps arabe’ et les médias sociaux », Politique étrangère, 1, 2012, p. 99-109).
  • 2. Les réseaux d’activisme en ligne à visée transnationale - les « netroots » américains (Avaaz, Change.org, All Out, Move On par exemple) – ont toutefois encore été peu analysés, même dans la littérature scientifique anglo-saxonne.
  • 3. La littérature anglo-saxonne est d’ailleurs abondante. Pour une synthèse, se référer à : R. K. Gibson et S. J. Ward, « Parties in the Digital Age. A Review Article », Representation, 45, 1, 2009, p. 87-100. En France, on peut notamment citer l’ouvrage dirigé par F. Greffet : Continuer la lutte.com Les partis politiques sur le web, Presses de Sciences po, 2011.
  • 4. A. Theviot, « Un silence numérique bavard - Anticipations et stratégies de contournement du silence numérique pendant la campagne pour l’élection présidentielle française de 2012 », Mots, Dossier « Le silence en politique », 103, novembre 2013, p. 55-72.
  • 5. On peut toutefois citer quelques travaux qui ont travaillé cette dimension : H. Margetts, « Cyberparties », dans R. S. Katz et W. Crotty (dir.), Handbook of Party Politics, Londres, Sage, 2006, p. 528-535 ; K. Lofgren et C. Smith, « Political Parties and Democracy in the Information Age », dans R. K. Gibson, P. Nixon et S. J. Ward (dir.), Net Gain? Political Parties and the Internet, Londres, New York, Routledge, 2003.