Au-delà du mandat ? Pour une approche globale de la représentation politique

Au-delà du mandat ? Pour une approche globale de la représentation politique (avec un accent sur l’Asie Méridionale et Orientale)  

Lundi de 9 h à 11 h, à l’EHESS (salle 662, bât. Le France, 190-198 av de France 75013 Paris), du 9 novembre 2015 au 8 février 2016

9 novembre 2015 : Introduction (Virginie Dutoya, Émilie Frenkiel, Samuel Hayat, Stéphanie Tawa Lama-Rewal,Yves Sintomer)

16 novembre : La représentation – incarnation (Yves Sintomer, Université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis- CSU-CRESPPA)

23 novembre : Le mandat du ciel en Chine (Pablo Blitstein, Université d’Heidelberg). Séance discutée par Corinne Péneau (Université Paris-Est/Créteil Val-de-Marne – CRHEC)

30 novembre : La représentation en Chine contemporaine (Émilie Frenkiel, Université Paris-Est/Créteil Val-de-Marne)

7 décembre : Des partis politiques aux mouvements sociaux : espaces et limites de la représentation démocratique en Corée du Sud (Justine Guichard, Sciences Po-CERI)

14 décembre : Approches sociologiques contemporaines de la représentation (Alice Mazeaud, Université de La Rochelle – CEJEP, et Etienne Pénissat, CNRS-CERAPS)

4 janvier 2016 : Atelier d’écriture sur les travaux des étudiants

11 janvier : Incorporation, représentation et règle de majorité (Philippe Urfalino, CNRS-EHESS-CESPRA)

18 janvier : Les conceptions historiques alternatives de la représentation (Samuel Hayat, CNRS –CERAPS)

25 janvier : La représentation des femmes en Inde et au Pakistan (Virginie Dutoya, CNRS - Centre Emile Durkheim)

1er février : Représentation et participation en Inde (Stéphanie Tawa Lama-Rewal, CNRS – CEIAS)

8 février : Conclusion générale du séminaire (Virginie Dutoya, Émilie Frenkiel, Samuel Hayat, Stéphanie Tawa Lama-Rewal, Yves Sintomer)

 

Argument

Le siècle qui a commencé est marqué par un paradoxe. D’un côté, la démocratie apparaît comme un régime plus attrayant que jamais pour les peuples qui en sont privés. Les mobilisations du Sunflower Movement de Taiwan (printemps 2014) et de Occupy Hong Kong (automne 2014) n’en sont que les manifestations les plus récentes, qui s’inscrivent dans une série qui a vu nombre de dictatures s’effondrer au profit au moins formel des institutions de l’État de droit et du gouvernement représentatif. À l’échelle historique, il n’y a jamais eu autant de régimes démocratiques dans le monde et aucune idéologie ne semble être en mesure de rivaliser avec la démocratie. D’un autre côté, dans les démocraties européennes et nord-américaines, l’élection ne semble plus suffire à conférer aux décisions des représentants une légitimité réelle dans l’opinion, et la crise du capitalisme financier n’a fait que rendre la situation plus tendue. Au-delà des oscillations conjoncturelles, cette défiance s’inscrit dans la durée et s’aggrave tendanciellement. Dans les pays qui ont vu émerger récemment une démocratie libérale, le désenchantement est généralement de mise, dont les reculs qui ont marqué les printemps arabes sont la forme la plus extrême. En Asie méridionale et orientale, la situation est à la fois spécifique et contrastée : le sous-continent indien ou le Japon continuent d’approfondir des expériences démocratiques contrastées mais dont la réalité empirique est fort distante des principes constitutionnels ; dans d’autres pays, comme Singapour ou la Chine, une démocratisation à l’occidentale ne semble guère à l’ordre du jour tandis qu’un autoritarisme consultatif semble s’installer dans la durée. Partout, des débats sur le futur mêlent des thèmes qui évoquent l’Europe du passé et d’autres qui sont au contraire contemporains des discussions sur la crise et le renouveau de la démocratie au XXIe siècle menées dans les pays du Nord global. À lui seul, le développement politique de l’Asie méridionale et orientale impose de relativiser les diagnostics les plus répandus sur la démocratie dans le monde. Pour les uns, le gouvernement représentatif à l’occidentale constituerait l’idéal politique à peu près réalisé et serait amené à s’étendre lentement au reste de la planète ; pour les autres, ce modèle ne conviendrait pas à certains peuples ou civilisations qui ne seraient pas mûrs pour (voire seraient rétifs à) une véritable démocratie. Le point commun de ces deux récits est qu’une version simplificatrice et homogénéisatrice dans le temps et dans l’espace du « modèle occidental » est présentée comme point de référence unique. Dans cette perspective, la démocratie se résume à l’État de droit, aux droits humains et aux élections libres fondées sur la compétition partidaire. Or, ces deux grands récits peinent à donner des clefs de compréhension de la crise de la représentation et des innovations démocratiques dans le Nord global, comme des évolutions contrastées dans les pays du Sud global (instauration de démocraties formelles, innovations démocratiques parfois en avance sur l’Europe et l’Amérique du Nord, stabilisation de régimes autoritaires-consultatifs, etc.). Dans un tel contexte, il importe plus que jamais de « provincialiser l’Europe » (D. Chakrabarty) et de proposer une vision non eurocentrique et plurielle de la démocratie. La discipline historique a depuis quelques décennies effectué un tournant remarqué vers une histoire globale (P. Boucheron) et connectée (S. Subrahmanyam) qui rend obsolète les récits classiques sur l’universalité de l’Occident. Les études politiques sont de ce point de vue en retard, car les importants travaux sur les différentes régions du monde qui sont produits ne sont guère pris en compte dans la réflexion et la formation mainstream. Notre séminaire visera à mettre en perspective la démocratie dans une perspective globale, à la fois historique et géographique, en prenant comme angle d’éclairage la notion de représentation démocratique. Le séminaire contribuera : - - à dépasser une vision de la représentation uniquement focalisée sur le mandat électoral pour l’envisager de façon plus large ; - - à analyser les dynamiques de représentation politique dans une perspective globale et comparative, mettant en particulier l’accent sur l’Asie Méridionale et Orientale ; - - à travers le prisme de la représentation, à analyser les mutations de la démocratie au XXIe siècle.

Coordination: Virginie Dutoya, Émilie Frenkiel, Samuel Hayat, Stéphanie Tawa Lama-Rewal, Yves Sintomer Contact : Stéphanie Tawa Lama-Rewal : tawalama@ehess.fr