7-Terres en Transition

« Terres en Transition »

 

1. Identité de l'équipe

Collectif constitué autour d’un binôme association - chercheur, ouvert à des collaborations avec d’autres collectifs.

L’Association, le CPIE (Centre Permanent d’Initiatives pour l’Environnement) Bugey Genevois (BG), oeuvre depuis plus de 30 ans sur des territoires ruraux de l’Ain et de Haute-Savoie. Il affiche sa volonté de faciliter le dialogue territorial grâce à des méthodes participatives et la mise en relation des acteurs.

Dans le souci d’inciter les communes à expérimenter de nouvelles relations avec leurs citoyens pour la transition écologique, le CPIE formalise des démarches et des guides à destination d’élus locaux. Pour ce faire, il sollicite l’implication des acteurs de la recherche. C’est ainsi qu’une collaboration s’est poursuivie depuis plusieurs années. Elle se traduit en particulier par un appui de Karim Berthomé à la chargée d’animation du CPIE BG, et la présence de scientifiques lors des comités de suivi des Forums Agricitoyens. Cette recherche-action est l’occasion pour le CPIE BG de questionner ses expérimentations et de les faire évoluer.

Karim Berthomé est chercheur à AgroParisTech. Il a investis les questions d’efficacité des concertations territoriales, et plus largement d’économie écologique. Il est impliqué dans plusieurs dispositifs ou démarches en lien avec la participation publique.

2. Projets en rapport avec la transition écologique dans lesquels l'équipe est déjà engagée

Forum Agricitoyens (plusieurs expérimentations communales réalisées ou en cours depuis 2015).

3. Problématique de la proposition et question(s) de recherche

Les espaces agricoles font l’objet de conversions préoccupantes1 : résidentiel, loisir, déprise ou rachat par des investisseurs étrangers. Du côté des populations, l’implication dans les tâches agricoles, naguère prégnante en campagne, cède le pas à de nouveaux rapports à l’espace. L’action des professionnels de l’agriculture, des propriétaires du foncier agricole, et des institutions en charge de ces questions, n’a pas contenu ce phénomène. Il y a donc un enjeu à questionner les tendances en cours. Nous avons entrepris de le faire à travers une démarche d’expérimentation citoyenne. Des personnes, au-delà des agriculteurs ou des élus, se portent vers des produits alimentaires locaux, de qualité, vers des paysages ayant une typicité, vers une proximité avec la vie animale et végétale, vers une attention à la fragilité de l’écosystème dont elles font partie. Or la responsabilité de gérer les activités agricoles est demeurée largement au monde agricole, souvent mal connu.

Le contexte rural de faible densité peut peser sur la participation (temps de trajet par exemple). Nous pouvons toutefois compter sur une préoccupation de long terme, et sur un au-delà du mandat de la part de certains élus. Il nous semble qu’il y a là un profil de terrain d’étude intéressant à mettre en regard d’autres terrains du programme Cit’In. Nous pouvons à ce niveau caractériser les transformations des collectifs locaux et des logiques économiques et politiques inscrites dans ces territoires, et de manière très fine. Cet angle de recherche situe la proposition dans l’axe sur la « portée démocratique des expérimentations citoyennes ».

L’attention portée aux pratiques ordinaires et immédiates en lien avec le milieu (traversée de l’espace, accès au foncier, nuisances), en les rapportant aux préoccupations à long terme concernant l’environnement, les paysages, la vie au village, place aussi cette proposition en résonnance avec l’axe et l’enjeu d’appropriation citoyenne d’une transition.

En cherchant les moyens de faire, il s’agit bien de revisiter et si possible d’élargir la communauté locale et politique qui prend en charge cette menace à de nouvelles personnes ou entités, donc de travailler l’axe de la citoyenneté environnementale. Nous verrons si des engagements d’habitants se révèlent, à partir d’attachement à des espaces cultivés, vers un régime collectif d’attention à des lieux réinvestis.

4. Méthodologie et terrain d'enquête

Nous pouvons observer en parallèle plusieurs communes rurales d’une même région face au même défi. Nous visons à dégager une analyse plus fine des caractéristiques et de la portée des initiatives citoyennes nécessaires à la réussite de la transition écologique.

L’enquête prend place dans le cadre de l’accompagnement de communes rurales, qui débute par la mise en place d’une analyse sensible du territoire avec des élus municipaux et des habitants. Cette analyse permet de sensibiliser les citoyens à l’importance du foncier agricole, d’ouvrir un débat sur la commune sur l’agriculture, l’alimentation, la ruralité, les paysages, etc. Vient ensuite une phase de concertation qui permet de décider collectivement des orientations et actions à prendre, en croisant les expériences de différentes communes.

Certains éléments peuvent distinguer la méthode privilégiée sur le plan scientifique, au-delà de cette capitalisation sur des expérimentations antérieures, du comité de pilotage hybride, de la co-élaboration de contenus. Il s’agit de partir de situations problématiques vécues, et d’envisager la portée de ces expérimentations au travers du sort fait à ces situations problématiques vécues. L’implication dans les Forums à venir, l’analyse, et l’essaimage et le maillage à partir des expérimentations menées, seront partagés avec la recherche.

Un protocole d’action et d’apprentissage plus structuré est à imaginer, puis à conduire. Une mission en alternance, entre CPIE et un Laboratoire(s) de rattachement) d’un(e) étudiant(e) qualifié(e) et encadré(e), pourrait être la base de cette coopération. Ce renfort permettrait d’approfondir les questions d’efficacité que se pose le CPIE BG : autour du positionnement des institutionnels, du partenariat entre commune, association, habitants, des prérequis pour une concertation sur l’avenir des terres agricoles, et finalement, pour trancher si les expériences participatives locales peuvent véritablement avoir prise sur les enjeux écologiques. Le pilotage de la démarche par un tiers externe expérimenté pourra aider à faire le lien entre tous les acteurs afin de garantir l’intérêt commun.

5. Type de résultat escompté

Le projet de recherche proposé étudiera et accompagnera, avec la visée de les renforcer, ces expérimentations qui émergent dans les territoires à l’initiative de citoyens et d’acteurs locaux. Dans leur modestie, ces expérimentations tentent d’abonder des alternatives, c’est-à-dire de mobiliser des moyens et des responsabilités autour d’équilibres écologiques, sociaux, et économiques revisités. Ce faisant, elles abordent, par le débat et l’action, les dynamiques qui gouvernent l’environnement. Une visée écologique donc, et plus largement l’espoir d’un développement plus sensé et responsable.

Dans une perspective de Transition, une reprise en main de la question du devenir de leurs territoires par ceux qui l’habitent mérite d’être tentée, en partant de leurs relations et préoccupations par rapport aux terres agricoles. Nous apprécierons dans quelle mesure les nouveaux habitants des communes rurales sont sensibles à ces questions, ou le sont devenus. Quelle émancipation est à l’oeuvre ? Est-elle de nature à fonder des alternatives crédibles ? Quelle place reste-t-il aux institutions traditionnelles dans cette perspective ?

Les expérimentations que nous avons menées se sont conclues par diverses réalisations : des jardins partagés, un café associatif, la reconquête de chemins communaux, un drive fermier… Dans des communes peu peuplées, il est remarquable que de telles actions parviennent à se réaliser. Les jardins collectifs et ces autres réalisations constituent les initiatives les plus concrètes, fréquentes et visibles pour « rendre la Transition palpable par la communauté » (Hopkins, 2013). Néanmoins, la démarche ayant été engagée sur des questions de préservation des terres, on ne saurait se satisfaire de ces résultats. Ils peinent à changer la donne sur l’avenir des terres agricoles. Toutefois, là où l’on pourrait enregistrer une limite à la portée de ces démarches ascendantes, d’autres canaux font-ils mieux ? Qu’est-ce que serait un bon bilan pour ces démarches proches des habitants, compte tenu des innovations existantes par ailleurs dans ce domaine2 ? Le fait de se porter sur plusieurs domaines, au-delà de l’alimentation (culture, déplacements, …), est une piste. Nous apporterons des éléments de réponse à ces questions.

  • 1. L’actuel ministre de l’Agriculture vient de commander un nouveau rapport à la CGAAER dans la perspective de mieux préserver les terres agricoles. Les annonces de nouvelles acquisitions de terres agricoles
  • 2. Cf. Projet PSDR USUS : Recomposition du rapport propriété – usage agricole du foncier : enjeux agricoles et territoriaux ; portage : Alain GUERINGER (Irstea, UMR Métafort) et Marie-Laure POMMIER (Safer Auvergne).