5-Agirenville

 

Projet AGIRENVILLE.

L’agir environnemental des citadins ordinaires dans les villes. France, années 1970 et années 1980

 

I - Identité de l’équipe.

Ce projet est porté et coordonné par trois chercheurs en histoire environnementale. Le programme de recherche vise à associer des étudiants de master dans chacune des agglomérations concernées (Grenoble, Lyon, Nantes, Rennes), ainsi que les associations qui regroupent des acteurs des expérimentations environnementales menées dans ces villes au cours des décennies 1970 et 1980. 

Les coordinateurs du projet sont :

Renaud Bécot, post-doctorant en histoire contemporaine au Larhra (UMR5190 – Lyon ) et chargé d’enseignement à Sciences Po Rennes. (renaudbecot@gmail.com)

Stéphane Frioux, maître de conférences en histoire contemporaine, Université Lyon II et Larhra (UMR5190 – Lyon). (stephane.frioux@univ-lyon2.fr)

Alexis Vrignon, docteur en histoire contemporaine, chercheur associé au CRHIA (Nantes), professeur d’histoire-géographie en lycée et chargé d’enseignement à l’Université de Nantes. (alexis.vrignon@wanadoo.fr)

II - Recherches sur l’histoire de la transition environnementale.

Les trois coordinateurs du projet sont membres du Réseau universitaire de chercheurs en histoire environnementale (le Ruche : http://leruche.hypotheses.org/), dont certaines initiatives scientifiques participent à éclairer l’histoire de la transition environnementale de la société française.

Le projet Agirenville profitera également des recherches exploratoires menées à Lyon et Grenoble dans le cadre du projet Transenvir : http://larhra.ish-lyon.cnrs.fr/anr-transenvir

III - Résumé de la problématique.

Inscrivant leurs travaux dans le champ de l’histoire environnementale contemporaine, en plein essor depuis le début de ce siècle – l’historien ne se pose-t-il pas toujours les questions que son époque lui inspire ? – les porteurs de ce projet proposent de contribuer à la réflexion collective initiée par le programme Cit’in en l’enrichissant d’une perspective historique. L’équipe d’AGIRENVILLE étudiera la mutation des expérimentations environnementales citoyennes au prisme des relations entre les promoteurs de ces expérimentations et le pouvoir municipal, de la veille des élections locales de 1971 jusqu’à la fin des années quatre-vingt. AGIRENVILLE fait le choix de porter le regard vers deux couples de métropoles en Rhône-Alpes (Lyon, Grenoble) et dans le Grand Ouest (Rennes, Nantes). Les quatre agglomérations choisies offrent la possibilité d’esquisser une étude comparative, afin d’éclairer la pluralité des chemins de transition et d’illustrer l’échelle des circulations dans l’agir citoyen. Le choix de ces villes offre aussi la possibilité d’interroger les conditions de possibilité de la construction d’un « maillage » des initiatives de transition, ainsi que le rôle des citoyens et des collectivités locales dans ce travail de maillage. Alors que la première mandature municipale considérée (1971-1977) épouse la naissance institutionnelle de l’environnement dont le bricolage fut élaboré dans les sphères technocratiques parisiennes [Charvolin, 2003], mais qui résonna rapidement avec des attentes locales, la deuxième (1977-1983) se situe dans un contexte de « sortie des années soixante-huit » et d’institutionnalisation de causes militantes. Enfin, la troisième mandature (1983-1989) offre la possibilité d’observer les effets des lois de décentralisation sur les initiatives citoyennes territoriales, dans une décennie souvent considérée comme un reflux de l’environnementalisation des politiques publiques.

IV -  Terrains et axes de l’enquête

En étudiant « l’agglomération » et non simplement la grande ville, l’objectif est d’éclairer également le rôle des expérimentations environnementales menées dans des communes suburbaines profondément transformées durant les deux décennies d’étude – que celles-ci soient marquées par la présence de grands ensembles dans les quartiers populaires, ou par l’expansion des aires pavillonnaires. En sélectionnant des agglomérations situées dans des aires géographiques qui se distinguent par leur histoire politique et leurs particularités environnementales, l’équipe se donne la possibilité d’esquisser des comparaisons et d’élaborer un panorama nuancé de la pluralité des chemins de la transition environnementale. Elles éclairent différentes configurations des relations entretenues  par les citoyens porteurs d’expérimentations environnementales et le pouvoir municipal, en réhabilitant la capacité citoyenne et la capacité des collectivités locales à participer à la fabrique des politiques publiques. La proximité respective de ces agglomérations (Grenoble et Lyon d’une part, Nantes et Rennes d’autre part) est susceptible d’offrir un éclairage sur d’hypothétiques spécificités territoriales en matière d’expérimentations environnementales citoyennes, tout en interrogeant les circulations pouvant exister entre ces villes – dans le domaine des pratiques administratives et dans celles de réseaux citoyens. Plutôt qu’à l’élaboration d’un modèle-type ou d’une typologie, ces enquêtes territoriales permettront d’éclairer la construction d’un « maillage » des initiatives de transition.

1) Une socio-économie territoriale de la transition environnementale.

Au terme des années soixante, les mouvements écologistes, auparavant dominés par une volonté de dénoncer les dégâts du « productivisme », esquissent la mise en œuvre d’initiatives concrètes à l’échelle des territoires : collecte et recyclage du papier, promotion de modes de transports rompant avec l’automobile individuelle, mesures en faveur d’alternatives énergétiques territorialisées. Les « classes moyennes » liées à l’essor du tertiaire et du niveau de qualification participent à l’invention de l’environnement comme catégorie médiatique et comme pratique citoyenne. Dans certaines villes, ces initiatives mènent à la fondation d’entreprises dans le secteur de l’économie sociale et solidaire : en occupant une niche dans un marché local, ces groupes peuvent devenir des acteurs importants du tissu socio-économique local. Toutefois, pour initier ces démarches et pour les inscrire dans la durée, ces entreprises sont tributaires du soutien matériel des collectivités territoriales – et, le plus souvent, des municipalités. Que deviennent les entreprises fondées sur l’initiative citoyenne dans les années soixante-dix, lorsqu’elles composent avec (ou contre) le pouvoir municipal après 1977 ? Dans quelle mesure ces entreprises font-elles l’objet d’un « enrôlement par le secteur industriel » ?

2) Une écologie sociale de la rénovation urbaine.

Au cours des années soixante-huit, les grandes agglomérations françaises furent affectées par des programmes de rénovation urbaine. Ces opérations alimentèrent un mécontentement populaire qui s’exprima par plusieurs moyens, depuis des votes sanctionnant les responsables politiques associés à la rénovation urbaine jusqu’à l’émergence de mouvements sociaux territorialisés. De récentes recherches en science politique indiquent que ces conflits furent aussi des moments ouvrant des opportunités pour la participation politique citoyenne à l’échelle locale. Ces actions furent enfin à l’origine d’une thématique originale qui participe à la recomposition de l’espace des mouvements sociaux : l’amélioration du « cadre de vie », cette notion incluant parfois une dimension environnementale. Ces mobilisations furent l’occasion de protestations contre « l’environnement pathogène » façonné par la construction des grands ensembles. En observant les mobilisations citoyennes qui accompagnent les opérations de rénovation urbaine dans les agglomérations étudiées, nous souhaitons donc éclairer les modalités d’élaboration d’expérimentations citoyennes dans des quartiers populaires – ainsi que les modalités par lesquelles les municipalités s’appuient sur ces initiatives pour repenser l’aménagement des quartiers.

3) Compétences citoyennes et « légitimités ordinaires » dans la lutte contre la pollution

En France, l’accélération de l’urbanisation et de l’industrialisation des décennies d’après-guerre consacrent une expansion des nuisances industrielles. Ce sont surtout les retombées de la pétrochimie qui bouleversent les territoires et concentrent les protestations au cours des années soixante-dix. Les agglomérations de Lyon et Grenoble sont les foyers de mouvements contestataires dont la vigueur se prolonge parfois par l’ouverture de lieux de médiation, où se rencontrent savoirs citoyens et savoirs experts. Ainsi, des pharmaciens ou médecins de ville alertent sur la prévalence de maladies respiratoires. Une troupe de théâtre crée, met en scène et joue dans diverses communes une pièce autour du débat suscité par un projet de deuxième raffinerie en région lyonnaise. Des salariés de l’industrie chimique se saisissent des expertises des Comités d’hygiène et de sécurité pour lancer des alertes. Ces mobilisations contraignent le pouvoir municipal à prendre l’initiative, dans un domaine qui ne relève pas de sa compétence. Si la concentration industrielle des agglomérations de l’Ouest est moindre, il n’en reste pas moins que plusieurs implantations provoquent des nuisances considérables. Il conviendra d’étudier la part des initiatives citoyennes dans les décisions qui menèrent à la fermeture de certaines entreprises. Enfin, il conviendra d’identifier si ces municipalités se positionnent également dans la lutte contre la pollution industrielle, et dans quelle mesure elles activent et s’alimentent de la citoyenneté environnementale qui s’exprime dans ces villes.

V - Résultats et productions prévues.

L’enquête sera menée par des petites équipes autonomes dans chaque ville, en liant un historien référent, une équipe resserrée de jeunes chercheurs et des structures associatives locales. En relation entre l’historien référent et les structures associatives, deux « livrables » seront élaborés dans chaque ville. Ils prendront des formes différentes selon les villes : parution d’un court ouvrage sur l’histoire de l’agir environnemental dans la ville concernée, réalisation d’une exposition itinérante présentée dans les centres culturels de l’agglomération, production d’un documentaire vidéo, etc.

Dans chaque ville, le chercheur référent s’entoure d’une équipe restreinte. Dans chaque ville, un étudiant participera au projet sur le format d’un « stage de master » sur 5 mois. Ces étudiants seront associés à une journée de restitution venant clore le programme de recherche dans chaque ville.

L’équipe permanente des trois chercheurs se réunit régulièrement, et dans chacune des villes du projet, afin de confronter l’évolution des recherches et d’assurer un travail de comparaison. Une à deux réunions de travail de deux journées seront organisées dans chacune des villes, en rassemblant l’équipe permanente des trois chercheurs, les acteurs de la Maison de l’environnement locale, ainsi que les deux étudiants de master et si possible quelques universitaires locaux spécialisés dans les questions d’environnement. L’équipe permanente des trois chercheurs assiste à chacune des journées de restitution dans les quatre villes. Enfin, un colloque national sera organisé pour clore ce programme de recherche, en livrant des pistes de réflexions comparées entre les quatre villes concernées. Ce programme se clôt par un ouvrage qui pourra associer les membres des équipes mobilisées dans les quatre villes, ainsi que des chercheurs impliqués dans le projet Cit’in et/ou ayant participé au colloque clôturant ce programme.