37-Bioresp : un lieu d’expérimentation de la bioéconomie ?

Bioresp : un lieu d’expérimentation de la bioéconomie ?

Pôle des Biotechnologies en Société (PBS) - Sup’Biotech, Fabien Milanovic & Cécile Vermot

Identité de l’équipe

Sup’biotech Paris est une école d’ingénieurs en biotechnologies, située à Villejuif, au sud de Paris. Depuis 2013 y a été créé un pôle de recherche en sciences humaines et sociales, devenu en 2016 le Pôle des Biotechnologies en Société (PBS), dirigé par Fabien Milanovic. Le pôle initie la mise en œuvre d’un programme qui vise à étudier empiriquement les biotechnologies productrices de nouvelles formes de vie, génératrices d’entités susceptibles de redéfinir les modes de composition entre humains et non humains, entre entités biotiques et hybrides (des cellules souches aux nouvelles techniques d’édition des génomes). Tout un pan de ce programme concerne des activités liées à des enjeux plus globaux, comme la contribution de ces biotechnologies à l’accroissement de l’amplitude de prises sur les processus vitaux, ou sur leur déploiement dans un contexte d’interdépendances exacerbées par les changements globaux (avec « l’intrusion de Gaïa » (Stengers 2009), ou « face à Gaïa » (Latour 2015)). En ce sens la bioéconomie est un sujet d’intérêt, non seulement au regard du rôle que les biotechnologies sont susceptibles d’y jouer, mais également sur le plan des relations sciences-sociétés : il s’agit là aussi de constituer des prises permettant à notre économie de s’orienter vers les chemins de la transition écologique.

Les deux personnes impliquées dans ce projet sont Fabien Milanovic, sociologue, enseignant-chercheur à Sup’Biotech, responsable du pôle des biotechnologies en société ; et Cécile Vermot, sociologue, enseignante en SHS à Sup’Biotech, chargée de cours et de recherche à l’Université Des Patients - UPMC-Sorbonne Universités, et chercheure associée au CEPED - UMR 196 de Paris Descartes – IRD.

Projets de l’équipe en rapport avec la transition écologique

L’équipe n’est engagée dans aucun autre projet relatif à la transition écologique. Le financement du projet permettrait à Cécile Vermot de pouvoir y conduire l’enquête empirique.

Problématique de la proposition (question(s) de recherche)

Ce projet porte sur la bioéconomie et sur une plateforme (Bioresp : http://www.bioresp.eu/) collaborative, dialogique, destinée à participer aux efforts nécessaires pour bifurquer vers cette bioéconomie, l’un des chemins de la transition écologique. On se situe donc ici dans une « démocratie du faire », qui vise à participer aux capacités des acteurs à agir sur le développement économique et politique : dans quelle mesure Bioresp est-elle un laboratoire d’expérimentation où s’élaborent des savoirs sur le futur, au sens des savoirs nécessaires pour bifurquer vers la bioéconomie et son horizon de transition écologique et énergétique ? Dans un tel espace peuvent également être questionnées les pratiques sociales qui visent à anticiper des tensions, des controverses, à informer, communiquer, éduquer, ouvrir des espaces de débats où se fabrique de l’intérêt collectif.

Plus fondamentalement, dans une perspective théorique pragmatique sensible aux transformations, la bioéconomie pourrait être abordée comme une invite à ouvrir l’angle des futurs1.

Ce projet appréhende Bioresp comme une arène où peut être observée la trajectoire de la cause de la bioéconomie, avec les jeux d’arguments et les jeux d’acteurs qui la supportent, ainsi que les rapports de force dans lesquels ces derniers sont pris (Chateauraynaud, 2011). Quel alignement des acteurs ? Quel enrôlement ? Quelle portée des jeux d’acteurs et d’arguments dans les espaces institués par Bioresp (ateliers, forums, réunions…) ?

Pour saisir la bioéconomie en tant qu’angle d’ouverture des futurs concernés par la transition écologique, ce projet propose d’interroger le dispositif Bioresp dans sa capacité à contribuer aux bifurcations qu’une telle transition ne peut manquer d’engendrer sur le plan des pratiques économiques, voire politiques.

Méthodologie et terrain d’enquête

« Bioresp » s’est créée courant 2017 : dans un document daté du 27 juillet 2017 est formulée « La proposition (...) d’animer le réseau de parties prenantes en perspective du Forum annuel en s’appuyant sur une plateforme de dialogue multiacteurs pérenne. Cette plateforme peut fournir un ancrage concret mettant en valeur les initiatives et les expériences afin de préparer et alimenter le Forum annuel. En aval du Forum annuel, la plateforme pourra aussi se saisir des demandes exprimées lors du Forum annuel et instruire les questions et controverses pour faciliter l’alignement des enjeux et des acteurs. ».

La plateforme Bioresp se veut une « plateforme permanente et indépendante de dialogue des parties prenantes » qui aurait pour tâche d’organiser des ateliers préparatoires au Forum.  En lien avec Pierre-Alain Schieb et Jean-Paul Karsenty, elle est pilotée par Dorothée Browaeys, forte de son expérience du Forum NanoRESP (créée en 2013), structure d’interface et de dialogue des parties prenantes à propos des nanotechnologies. Son ambition va au-delà de l’organisation d’échanges qui auraient pour fin ultime de faciliter l’acceptabilité sociale des innovations en œuvre dans la bioéconomie. En effet, en veillant à ce que chacune des parties prenantes sur un thème considéré2 trouve un bénéfice dans ce qu’organise le Forum, et en se donnant également comme objectif de contribuer à aligner les acteurs impliqués dans la transition écologique via la bioéconomie, Bioresp pourrait jouer le rôle d’une instance qui contribue à frayer les chemins de la transition.

C’est en ce sens que, dans le cadre du programme cit’in, ce projet propose d’appréhender Bioresp comme objet d’observation, d’étude, en tant que lieu d’expérimentation démocratique.

L’approche méthodologique adoptée, de type ehtnographique, tient compte de la temporalité de Bioresp, « en train de se faire » : son observation « en actes » consiste à suivre au plus près Bioresp dans ses réunions de fonctionnement, dans la mise en place de son architecture fonctionnelle, dans les évènements qu’elle organisera3. Il s’agit de constituer ce dispositif comme un laboratoire d’expérimentation démocratique où est en jeu la fabrique de prises (sur le futur). De telles prises se fabriquent lors de confrontations d’idées, de concepts, de représentations, d’actions, etc., en organisant « des ‘aller-retour’ permanents entre réalisations, expériences et concepts ou modèles4. Mais ces prises sont aussi relatives à la mise en place d’espaces de calculs (par exemple liés à l’avènement d’une « nouvelle économie systémique sans externalité »), de métrologies à ajuster en fonction de la bioéconomie vers laquelle il convient de s’orienter et qu’il serait opportun d’étudier.

Type de résultat escompté

Le principal type de résultat escompté consiste à comprendre comment un lieu d’expérimentation citoyenne qu’est Bioresp parvient à participer à une stratégie (ou un plan) d’actions publiques inclusives dans le cadre de la transition écologique et énergétique. Prendre part à la transition en tant que plateforme dialogique, c’est permettre à la grande diversité d’acteurs impliqués (industriels, starts-up, investisseurs-financeurs, pouvoirs publics, acteurs académiques, ONG, syndicats, acteurs territoriaux, étudiants…) de se rencontrer, d’échanger, de susciter des synergies. Prendre part, c’est aussi balayer les diverses échelles pertinentes de la bioéconomie et s’assurer de couvrir les enjeux et les controverses rencontrés sur les chemins de la transition. Comment tout ceci se passe-t-il concrètement ? A quoi est confrontée une telle initiative citoyenne ? Une telle expérimentation démocratique ? Nous avons pour objectif de répondre concrètement à de telles questions, d’éclairer les enjeux qu’elles soulèvent, de produire de l’intelligibilité relative à la trajectoire d’une plateforme expérimentale, aux épreuves qu’elle traverse. En s’appuyant sur Bioresp et la bioéconomie, produire des connaissances pouvant contribuer à élaborer des repères susceptibles d’équiper une réflexion destinée à faciliter la praticalité des chemins qui orientent vers la transition écologique représente notre horizon d’attentes.

  • 1. F. Chateauraynaud, Argumenter dans un champ de forces, Paris, Petra 2011, et F. Chateauraynaud, J. Debaz, Aux bords de l’irréversible, Paris, Pétra, 2017.
  • 2. Une première série de thèmes a déjà été identifiée : 1 : Performances, externalités, comptabilité environnementale. 2 : Compétitivité des démarches biosourcées et concurrences d’usages. 3 : Biodiversité et services écosystémiques. 4 : Accès aux biomasses, organisations (écologie industrielle) et interdépendances. 5 : Incitations, indicateurs, fiscalités et réglementations vertueuses.
  • 3. A titre d’information, le Conseil d’Orientation a mis en place une programmation sur 2018, avec trois séances qui alternent chacune thématiques conceptuelles et outils de transition. Forum de mars : Modèles d’affaires et modèles économiques de la transition bioéconomique : le rôle des investisseurs. Forum de juin : Biosourcing : comment bonifier les outils pour estimer la valeur socio-environnementale des produits? Forum d’octobre : Bioéconomie : Quels moyens pour intégrer les couts écosystémiques de la production ?
  • 4. Plus précisément et pour chaque atelier que Bioresp organisera, l’attention portera sur des « indicateurs de la performativité des activités organisées » comme l’évolutivité des positions des acteurs impliqués en début de processus et à sa fin, auquel il faut ajouter un certain nombre d’éléments matériels susceptibles d’équiper les acteurs dans leur implication dans la transition (cartographie, repères factuels et analytiques, verbatim, CR de délibérations…).