31-transition écologique des systèmes agri-alimentaires territoriaux

Expérimentation sociale et fabrique participative dans les projets visant à une transition écologique des systèmes agri-alimentaires territoriaux

L’équipe de recherche 

  • C. Lamine, sociologue, Directrice de recherche INRA, en partie accueillie au Cermosem (Pacte)       
  • P. Lopez-Merino, économiste et géographe, en montage de thèse
  • M. Tuscano, en thèse de sociologie EHESS sur les conditions d’articulation entre écologisation de l’agriculture et de l’alimentation dans le cadre d’un développement durable juste (terrains Mouans Sartoux et Provence Verte)(thèse INRA/Ademe, démarrée fin 2017)
  • N. Hakimi, en thèse de géographie à l’IGA/Pacte, co-encadrée avec K. Koop, sur les innovations sociales comme leviers pour une transition écologique des territoires 
  • S. Bui, sociologue ayant réalisé une thèse sur latransition vers l’agroécologie dans la Biovallée (actuellement en post-doc à l’UC Louvain)

L’équipe associera aussi des collègues en nutrition (MJ Amiot-Carlin) et en écologie (D. Magda).

Projets de recherche en cours :

Aucun centralement sur le sujet, mais nous participons (sans financement) aux projets de recherche-action des collectivités territoriales (cf infra).

Un projet Observatoire Sociologique des Transitions AgroEcologiques (centrés sur les groupes d’agriculteurs) et un projet ANR sur l’agroécologie (centré sur la comparaison France/Brésil).

Des projets européens déposés (projet ERC CoG évalué B en 2017, projet T2S Belmont Forum Agents déposé en 2017)

Acteurs associés dans les différents territoires étudiés et projets en cours (portés par les acteurs)

Ardèche :  Pays, Chambre d’agriculture, Pétales 07 (réseau d’éducation à l’environnement), Civam, AgriBio07, Jardin de Cocagne etc. PAT en cours

Vallée de la Drôme : Communauté de communes, AgriBio26, associations etc. Projet FDF en cours

Mouans Sartoux : Commune, Associations, Jardin de Cocagne. Projet FDF et PAT en cours.

Provence Verte : Equipe Leader, Lycée agricole, associations.

Partenaires au niveau national (à associer aux séminaires) : FNCivam, Miramap, acteurs institutionnels.

Enjeux, objectifs et problématique

La nécessité de repenser les transitions des systèmes alimentaires en réarticulant non seulement agriculture et alimentation mais aussi les enjeux environnementaux, de santé et de justice sociale, est aujourd’hui mise au premier plan dans les institutions internationales comme dans les institutions de recherche et dans les débats de société. De manière croissante, des travaux de recherche, des collectifs citoyens et des politiques publiques s’intéressent aux processus de transition écologique des systèmes alimentaires en particulier à l’échelle territoriale, celle qui peut incarner une « communauté de destin » mais aussi tout simplement, une échelle commune d’action, de réflexion et de préoccupation. En France, la loi d’avenir pour l’agriculture de 2014 a consacré la notion de « projet alimentaire territorial ». Cette nouvelle configuration institutionnelle conduit à s’interroger d’une part, sur la manière dont ces projets émergent et associent les différents acteurs intéressés aux questions agricoles, alimentaires et environnementales (thématique de la fabrique participative et conduite démocratique des politiques publiques dans l’AMI). D’autre part et surtout, ces projets alimentaires territoriaux soulèvent des questions d’accessibilité et de justice sociale qui conduisent certains acteurs de la société civile à mettre en place des actions dédiées, dont il s’agit d’analyser les trajectoires et les effets sur la fabrique de nouvelles normes ou politiques publiques (thématique de la portée démocratique des expérimentations citoyennes dans l’AMI).

Jusqu’à présent, nos travaux ont visé à analyser les mécanismes de transition écologique dans les systèmes agri-alimentaires territoriaux, à partir d’une approcheempruntant à différents courants de pensée : courant des sustainability transitions (Geels et Schot 2007), théorie des Food Regimes (Friedmann et McMichael 1989), travaux sur la démocratie alimentaire (Hassanein 2003)et la justice alimentaire (Agyeman and McEntee 2014), et plus transversaux, les travaux sur la transdisciplinarité, notamment ceux en proposant une approche pragmatiste (Popa et al. 2015). Pragmatiste, à la fois au sens du pragmatisme américain de J. Dewey - mettre au cœur de la réflexion l’expérience collective et l’expression en actes des visions et valeurs qu’elle permet – et au sens de la sociologie pragmatiste française – suivre et analyser la diversité de ces visions et valeurs en jeu, les controverses et les processus de re-différenciation générés1

Nos travaux antérieurs ont montréque les mécanismes de transition écologique dans les systèmes agri-alimentaires territoriauxreposent sur une articulation entre les actions de la société civile, celles du monde agricole, et les politiques publiques (au travers d’actions partagées mais aussi de processus d’influence, de controverses, de critique etc.), et sur des formes de coordination et de gouvernance permettant de prendreen compte la diversité des maillons et acteurs impliqués dans ce système (Lamine et al., 2015).

Méthodologie

Axe 1 – Mise en politique et fabrique participative : analyse comparée des modalités d’émergence, de mobilisation des acteurs et de gouvernance de projets alimentaires territoriaux

L’objectif est d’analyser et comparer les démarches de construction des projets dans différents territoires, et les modes de gouvernance mis en œuvre (acteurs leaders, acteurs mobilisés, modalités d’échange, de débat, de prise de décision etc.). Qui sont les acteurs associés, ceux qui restent en dehors bien que parfois porteurs de questions ou d’initiatives pertinentes ? Pour quelsmotifs enrôle-t-on ces acteurs (et se laissent-ils, ou non, enrôler) : est-ce que c’est parce qu’ils sont « mandatés » par leur organisme, « affectés » (Bertrand et al. 2002)ou encore considérés par les autres acteurs comme « légitimes » ? L’hypothèse à mettre à l’épreuve ici est que la combinaison de ces motifs à l’échelle de la diversité des acteurs enrôlés favoriserait la participation et enrichirait ses apports.

Axe 2 - Expérimentation sociale : une recherche action dédiée à des enjeux d’accessibilité et de justice sociale pour les agriculteurs et les consommateurs

Notre hypothèse est que les enjeux de justice sociale supposent des mécanismes de transition spécifiques, qui reposent sur une articulation entre des expérimentations sociales forgées avec des groupes sociaux défavorisés et des politiques publiques adéquates. Il s’agit ici, dans une perspective pragmatiste, de construire (ou poursuivre) ces expérimentations sociales et dans le même temps, avec les acteurs impliqués, une analyse de leurs effets en termes de changements de pratiques et de visions. Les expérimentations concernent l’inclusion de ménages défavorisés dans des dispositifs d’accès à l’alimentation (paniers solidaires du réseau des Jardins de Cocagne, chantiers de glanage social) ou l’accès d’agriculteurs en installation à des ressources comme les semences et les dispositifs d’accompagnement. Quels changements ces expérimentations favorisent-elles ou non en termes de visions (de la bonne alimentation, des interactions entre agriculture et environnement, par exemple) et de pratiques (alimentaires, agricoles, de mobilisation et circulation des ressources) ? Quels éventuels effets d’exclusion génèrent-elles ?

Axe 3 - Un dispositif d’échange entre chercheurs et acteurs

Ce dispositif d’échange s’appuiera sur deux groupes pré-existant (groupe Syat en France, initié au sein de l’INRA-SAD, et groupe européen ESRS qui rassemble une trentaine de chercheurs), en associant autant que possible les acteurs de nos territoires et réseaux. Il permettra d’organiser des séminaires et des ateliers d’écriture (selon une méthode éprouvée au SAD).

Type de résultats escomptés

Le projet permettra d’analyserles modalités de mobilisation des acteurs locaux et des citoyens (type conseils alimentaires locaux) et leurs effets, en lien avec notre connaissance de situations étrangères (notamment le Brésil, où de tels conseils sont inscrits dans la loi et donc institutionnalisés).

Ce projet explorera aussi les modalités de contribution de la recherche au développement territorial au travers des infrastructures de recherche rurale (projet H2020 RUR01 en cours de dépôt).

Références

Agyeman, J, and J. McEntee. 2014. “Moving the Field of Food Justice Forward Through the Lens of Urban Political Ecology.” Geography Compass 8 (3): 211–20. doi:10.1111/gec3.12122.

Bertrand, A., C. Marris, and P.-B. Joly. 2002. “Méthodologie Pour L’élaboration D’un Dispositif de Co-Construction.” Paris: INRA-STEPE.

Bui, S. 2015. “Transitions Vers L’agroécologie : Analyse de La Pertinence de L’échelle Territoriale Pour Impulser Des Changements Au Niveau Du Système Sociotechnique.” Thèse de sociologie en cours, INRA/AgroParisTech.

Friedmann, H., and McMichael. 1989. “Agriculture and the State System: The Rise and Fall of National Agricultures, 1870 to the Present.” Sociologia Ruralis 29 (2): 93–117.

Geels, F W., and J Schot. 2007. “Typology of Sociotechnical Transition Pathways.” Research Policy 36 (3): 399–417. doi:10.1016/j.respol.2007.01.003.

Hassanein, N. 2003. “Practicing Food Democracy : A Pragmatic Politics of Transformation.” Journal of Rural Sociology, no. 19: 77–86.

Lamine, C., S. Bui, and G. Ollivier. 2015. “Pour Une Approche Systémique Non Réductionniste de La Transition Écologique Des Systèmes Agri-Alimentaires.” Cahiers de Recherche Sociologique, Submitted.

Popa, F., M. Guillermin, and T. Dedeurwaerdere. 2015. “A Pragmatist Approach to Transdisciplinarity in Sustainability Research: From Complex Systems Theory to Reflexive Science.” Futures, “Advances in transdisciplinarity 2004-2014,” 65 (January): 45–56. doi:10.1016/j.futures.2014.02.002.

  • 1. Lamine C.,2016. The role of transdisciplinarity in research for sustainable food and agriculture, International Forum on ecological and socialtransition, conférence invitée, Louvain 28-29 avril 2016