27-Agricultures urbaines et construction de solidarités alimentaires, sociales et écologiques

Agricultures urbaines et construction de solidarités alimentaires, sociales et écologiques

L’équipe :

Laurence Granchamp, sociologue et Sandrine Glatron, géographe, membres du Laboratoire Dyname (UMR 7367 CNRS/Université de Strasbourg) travaillent sur l’agriculture urbaine (analyse des projets, des politiques urbaines, des trajectoires des acteurs,…) et les mobilisations autour du jardinage (les habitants, les animateurs de quartiers, les services de la ville), en s’intéressant aux dimensions de relocalisation des productions/consommations alimentaires (Laurence Granchamp) et à celles de préservation de la biodiversité (Sandrine Glatron).

Victoria Sachsé, doctorante en Contrat ADEME 2016-2019 réalise sa thèse sur L'agriculture urbaine, terreau de participation citoyenne : de l'appropriation de l'espace public à la construction du commun. Regards croisés entre la France et l’Italie, sous la codirection de Sandrine Glatron et Barbara Morovich.

Camille Adamiec est docteure en sociologie et membre associée de Dyname. Elle est actuellement en postdoc à l’INRA où elle réalise une étude autour de la place de l’outil numérique dans la modification des pratiques alimentaires (avec un focus sur l’appropriation des légumes et des légumineuses par les populations modestes). Sa thèse, soutenue en 2014, s’intitule « Devenir sain. Morales alimentaires, pratiques de santé et écologie de soi » (sous la direction de Nicoletta Diasio) a été publiée aux PUR et chez Hachette.

Mireille Diestchy est docteure en sociologie, sa thèse portait sur le mouvement Slow Food (« Analyse pragmatiste de la diffusion du slow : registres de valuation et résistances rythmiques » soutenue en 2016 à Télécom ParisTech). Chargée d'étude dans le cadre de la recherche sur les "Réseaux Émergents de Lutte contre le Gaspillage" (ADEME / Laboratoire SAGE, UMR-CNRS 7363, Université de Strasbourg), elle enseigne à l'In Situ Lab, Diplôme Supérieur des Arts Appliqués et à l’Ecole Nationale Supérieure d’Architecture de Strasbourg.

Barbara Morovich, anthropologue, ainsi que Cathy Blanc-Reibel, doctorante en sociologie urbaine, sont membres du laboratoire AMUP de l'École Nationale Supérieure d'Architecture de Strasbourg, un laboratoireinterdisciplinaire qui recourt largement aux démarches participatives dans ses recherches et recherches-actions. Barbara Morovich analyse plus particulièrement les nouvelles manières de faire les territoires métropolitains à travers des terrains dans des quartiers populaires en mutation urbaine où elle étudie des dynamiques de co-production et les frictions entre les instances décisionnaires et les groupes, notamment associatifs et artistiques.

Les partenaires avec lesquels nous comptons collaborer : HORIZOME, dans le quartier Haute-Pierre à Strasbourg, Centre communal d’action sociale de Saint-Louis, Association EPICES ou Bouge-ta-galère dans le Haut-Rhin. A contacter : ferme urbaine en région parisienne, Association Clinamen.

Problématique de la proposition et question(s) de recherche

L’alimentation, tant dans la littérature scientifique qu’au sein des mouvements sociaux, est envisagée comme un moteur essentiel du changement pour la transition écologique (Soulard, 2014 ; Lardon et Loudiyi, 2014 ; Bonnefoy et Brandt, 2014 ; Capt, Lepicier et Leseigneur, 2014; De Schuter, 2014; Hinrichs, 2014; Spaargaren, Oosterveer & Loeber, 2012 - entre autre). « Manger sans produire », « manger sans savoir » et « manger sans aménager » (Krausz, Lacourt et Mariani, 2013) seraient les trois facteurs qui caractérisent des systèmes alimentaires déterritorialisés, sources d’épuisement des terres agricoles, de la biodiversité, d’atteinte aux réserves d’eau, au climat, etc.

Partageant ce diagnostic, un certain nombre de villes s’engagent dans l’élaboration de « politiques alimentaires locales » qui visent à relocaliser les productions. Il existe également un certain nombre d’initiatives d’associations, de citoyens, qui cherchent à contribuer non seulement à la relocalisation des productions alimentaires, mais aussi à la reconnexion entre les citadins et ce qu’ils mangent à travers leur implication dans la production. L’équipe de recherche s’intéresse particulièrement à des initiatives qui émergent dans des quartiers populaires ou prioritaires de la politique de la ville ou avec des publics qui en proviennent. Notre attention se porte sur les projets qui créent une itération entre les pratiques de productions et de consommations alimentaires, via le jardinage collectif ou des projets d’agriculture urbaine, qui alimentent des cuisines solidaires et/ou pédagogiques : cafés éphémères, Disco Soupes, fabrication de pain dans le four fabriqué par les habitants, réalisation de menus « bas carbone » en partenariat avec des chefs locaux. Autant d’initiatives (développées par les associations partenaires) qui non seulement créent du lien, mais aussi permettent la mise en réseau de personnes et de savoirs multiples. Ces « savoirs », non pas exclusivement ceux des experts, mais ceux issus de la pratique, constituent de notre point de vue un outil fondamental de capacitation ; leur reconnaissance et leur valorisation permettent d’envisager des chemins de transition écologique dans lesquels les participants peuvent se projeter parce qu’ils contiennent une part de leur identité.

Notre proposition souhaite explorer l’« appropriation citoyenne de la transition » notamment de la part des acteurs qui paraissent moins bien dotés en ressources économiques et sociales, et l’élaboration d’une « citoyenneté environnementale » à partir des questions alimentaires. Quels chemins de la transition écologique ces initiatives et projets dessinent-ils ? Quelle capacité à participer à l’élaboration même de ces chemins de transition permettent-ils ? Dans quelle mesure l’expérience de la production alimentaire (côté jardin et/ou côté cuisine) favorise-t-elle des transformations dans les pratiques ? Qu’en est-il de la capacité de participation aux instances démocratiques plus formelles ? Rendent-elles « capables » au sens d’Armatya Sen ?

Notre projet comporte trois sous-questions : l’élargissement des formes de la participation démocratique, notamment auprès des classes populaires1, la question de la pratique de la production comme levier de transition des modes de consommation, et celle de la solidarité socioenvironnementale.

Nos terrains

Nos terrains se situent en Alsace (Strasbourg et Mulhouse) et en région parisienne, où il existe plusieurs expérimentations de fermes urbaines aux dimensions sociales ou solidaires, sans exclure la possibilité d’élargir à d’autres terrains en France ou à l’étranger. La thèse de Victoria Sachsé nous offre des perspectives sur un cas italien, et l’inclusion d’un autre cas européen pourrait être un atout. Cela nous permettrait de varier les contextes sociaux, culturels, politiques, économiques et même géographiques, notamment en faisant varier l’échelle de la métropolisation et l’accessibilité des/aux espaces d’agriculture.

Sur le plan méthodologique, nous privilégions une démarche de recherche s’inspirant de l’intervention sociologique « revisitée » (Cousin, Rui & Touraine, 2010), soit une recherche menée avec des acteurs du territoire, réunis autour d’un projet local, impliquant des rencontres et des ateliers menés de manière continue pendant la durée de la recherche. Un certain nombre d’initiatives sont déjà en cours, et en dialogue avec les partenaires, nous (chercheurs + association + participants) pourrons proposer une démarche de recherche participative visant à développer une réflexion sur le lien de ces projets avec la transition écologique. Nous partageons l’hypothèse que beaucoup de ressources pour la transition écologique sont déjà présentes dans les territoires et que la transition peut commencer à prendre une (ou des) forme(s) lorsqu’on les relie entre elles. Les chercheurs peuvent jouer ce rôle d’aide à la construction de relations, voire à l’essaimage par l’adaptation des idées développées ailleurs, en proposant des ateliers qui permettent aux acteurs des différents terrains d’échanger sur leurs pratiques. On privilégie ici une approche en termes “de créativité de l’agir” (Joas, 1999), qui ouvre pour Joas sur une “démocratie créative”. Les attachements, le rôle du sensible et de l’affectivité sont des éléments très souvent négligés dans la conception de la citoyenneté. Nous souhaitons explorer plusieurs dimensions de ces expériences, en ne considérant pas seulement la participation « formelle » mais aussi celle qui se réalise « au bord du politique » (Rancière, 1998), à la limite de la sphère privée et publique (Dewey, [1927] 2010).

De façon générale, l’entrée par la question des savoirs nous parait l’une des plus propices à établir une relation d’échange, dès lors qu’on ne formule aucune hiérarchie dans ces savoirs, mais que l’on est plutôt dans une démarche « d’écologie des savoirs » (Sousa Santos, 2016).

En termes de résultats attendus :

  1. Comprendre et analyser les dynamiques de changement, à l’échelle individuelle, induits par ces expériences de redéfinition du rôle de producteur et de consommateur, qui affecte les manières d’être, de se penser, de penser ses relations aux autres autant que ses manières de faire.
  2. Saisir les propositions innovantes en matière de modes de participation (renouvellement des formes de mobilisation, liens entre participation à des initiatives de jardins/cuisine et participation aux instances démocratiques, initiatives citoyennes et politiques alimentaires territoriales) et comprendre leurs enjeux.
  3. Agir en faveur de des nouvelles solidarités en permettant l’émergence de nouveaux rapports aux savoirs, et d’outils d’échanges et de collaborations: la formation de nouveaux collectifs, voire de nouvelles communautés,
  4. Saisir les freins (expression des conflits et de la contradiction) rencontrés par les acteurs sur le terrain et les éventuelles difficultés d’appropriation rencontrées par ces initiatives
  5. Favoriser le dialogue/la contribution de ces initiatives et projets et de leurs porteurs à l’élaboration de politiques alimentaires territoriales, comme instrument de transition écologique
  6. Contribuer à une appréhension des projets et initiatives comme ressources pour la transition écologique, dessinant des chemins propres à ces territoires.
  • 1. Comme l’ont montré J.B. Comby et M. Grossette, les classes populaires sont largement exclues de la sensibilité environnementale et des évolutions de pratiques qui l’accompagnent (COMBY Jean-Baptiste et GROSSETETE Matthieu, « « Se montrer prévoyant » : une norme sociale diversement appropriée », Sociologie, 2012, vol. 3, no 3, pp. 251‐266.)