20-CITÉS Descartes

CITÉS Descartes Communs interdisciplinaires de la transition écologique et solidaire sur la cité Descartes

 

Identité de l’équipe : Chaire ESS-UPEM

Créée en 2010, la première chaire universitaire sur l’économie sociale et solidaire à l’université de Paris-Est Marne la Vallée (UPEM) est un partenariat entre des organisations de l’économie sociale et solidaire et l’UPEM dont l’objectif est d’améliorer la (re)connaissance de cette autre économie et de ses spécificités dans le monde académique (voir http://www.u-pem.fr/chaire-economie-socialesolidaire/)

Le programme de la chaire ESS-UPEM se distribue sur trois axes : la recherche, l’enseignement et la visibilité de ses activités au sein de l’université et, plus largement, au sein de la société. Dans la mesure où l’économie sociale et solidaire est une économie de la proximité, l’ancrage territorial de la chaire ESS-UPEM fait partie de ses axes stratégiques aussi bien pour l’insertion de ses étudiants que pour la conduite de ses travaux de recherche. Les adhésions à la chaire ESS-UPEM du Conseil départemental de Seine et Marne puis de l’agglomération Paris Vallée de la Marne traduisent cette orientation forte.

Depuis 2015, le programme de recherche de la chaire ESS-UPEM s’est fortement centré sur les liens entre l’économie sociale et solidaire et les communs à partir de l’hypothèse de recherche selon laquelle certaines des réalités de l’économie sociale et solidaire constituent des communs particuliers que nous avons qualifiés de communs sociaux. Ces communs renvoient à des ressources auxquelles est attaché un droit universel d’accès et par rapport auxquelles les communs sociaux assurent un accès réel à tous par une organisation locale et démocratique impliquant un système de droits distribués (avec au coeur le droit d’usage) et de gouvernance collective. L’alimentation saine, le logement, l’énergie durable, la culture, l’emploi, la mobilité… sont autant de ressources déjà rendues accessibles à tous et démocratiquement par des communs sociaux sur les territoires.

Plusieurs thèses réalisées au sein de la chaire ESS-UPEM s’inscrivent dans cette problématique générale. D’autre part, la chaire ESS-UPEM a organisé un premier workshop international en mai 2016 qui a donné lieu à la publication d’un numéro spécial des cahiers de la chaire ESS (http://www.u-pem.fr/chaire-economie-sociale-solidaire/actualites-de-la-chaire/actualites-de-lachaire/ evenement/4887/le-cahier-de-recherche-de-la-chaire-de-2016/)

2. Le projet CITÉS Descartes

Dans le cadre des projets I-site du programme FUTUR « Ville durable » porté par un consortium de sept établissements, la chaire ESS-UPEM est porteuse du projet Impulsion « CITÉS Descartes ». Ce projet interdisciplinaire réunit des chercheurs du consortium mais aussi des chercheurs extérieurs, notamment de l’université de Pise.

Ce projet de recherche s’inscrit dans la dynamique de recherche des communs en faisant l’hypothèse que le mode d’allocation de ressources dont ils sont porteurs, alternatif à celui du marché comme à celui de l’Etat, offre une solution pour une transition écologique et solidaire des territoires. Ce projet porte plus particulièrement sur deux aspects de la transition écologique, celui lié aux déchets autour de leur réemploi et de leur recyclage et celui lié à la mobilité douce et partagée. Le projet « CITÉS Descartes » prolonge des actions de R&D conduites par la chaire ESS-UPEM, notamment en ce qui concerne le recyclage du papier et autres déchets au sein de l’université où en collaboration avec son partenaire Coopaname, une association Coop’à-prendre a été créée afin d’organiser le recyclage du papier sous une forme coopérative.

Derrière l’hypothèse selon laquelle les communs offrent un mode d’allocation adapté à la transition écologique se retrouve le lien avec l’économie sociale et solidaire. En effet, comme l’a déclaré Nicolas Hulot, en ouverture de la séance du 9 octobre 2017 du Conseil supérieur de l’économie sociale et solidaire, « l’économie sociale et solidaire est une condition de la transition écologique et solidaire », donnant par ailleurs la clé de l’appellation éponyme de son ministère d’Etat.

Du côté de la chaire ESS-UPEM, plusieurs chercheurs sont impliqués dans le projet « CITÉS Descartes » : Benedetta Celati (doctorante), Melaine Cervera (MCF), Hervé Defalvard (MCF HDR), Geneviève Fontaine (doctorante), Emeline Omer (étudiante master) et Cristina Raileanu (doctorante).

3. Problématique de la recherche

La problématique de la recherche concerne l’expérimentation de communs interdisciplinaires de la transition écologique et solidaire. Elle se place dans le cadre particulier d’émergence de communs à partir d’un « tiers organisateur », configuration que l’on rencontre notamment dans le contexte des communs numériques (I. Delannoy, 2017, p. 176) où le tiers organisateur produit l’infrastructure à partir de laquelle les échanges entre producteurs et utilisateurs de la ressource mise en commun se produisent (exemple de Wikipedia). Dans le cas de notre recherche, il convient de parler davantage d’un tiers expérimentateur.

La première question de recherche porte sur la conception des dispositifs cadres à partir desquels les expérimentations de communs de transition écologique et solidaire seront réalisées. Ces dispositifs cadres soulèvent la question de l’interdisciplinarité puisque leur conception suppose d’intégrer différentes disciplines du champ des sciences humaines et sociales mais aussi des sciences de l’ingénieur. Ainsi, la question de la conception de dispositifs cadres d’expérimentation doit amener à résoudre des questions de type politique (comment intégrer dans le dispositif cadre de l’expérimentation les modalités de la gestion démocratique du commun, y compris celle des données du commun) ou de type technique (quel type d’infrastructure technique produire pour permettre les échanges entre producteurs et utilisateurs de la ressource du commun).

La deuxième question de recherche porte sur la manière dont émerge un peu, beaucoup ou pas du tout la communauté des commoneurs en lien avec la mise et production en commun de la ressource. Quelles sont les difficultés, les leviers et les conflits que ce processus d’émergence permet de repérer et d’analyser aussi bien au niveau de la production et mise en commun de la ressource que de son autogouvernement démocratique ?

La troisième question de recherche porte sur l’analyse des données produite par le commun, plus exactement par les différents flux de matière, d’énergie et humains auxquels il est associé. Comment cette analyse se fait-elle par les commoneurs eux-mêmes avec l’enjeu de la démocratie des données et de leurs usages. L’analyse de ces données répond à deux grands objectifs : la valeur ajoutée des communs de transition écologique et solidaire en termes économique, social et environnemental, d’une part, et la possibilité d’optimiser les flux du commun pour améliorer la valeur ajoutée globale du commun de transition écologique et solidaire.

4. Méthodologie et terrain d’enquête

La méthodologie de la recherche, outre son aspect résolument interdisciplinaire, relève de la R&D avec la conception-réalisation de communs de la transition écologique et solidaire par la méthode de l’expérimentation. Le terrain de l’expérimentation est celui de la Cité Descartes sur la ville nouvelle de Marne la Vallée.

Le premier volet de ce projet sur trois ans portera sur l’expérimentation de communs de la mobilité douce et partagée. Plus précisément, des chercheurs mais aussi des étudiants seront associés pour concevoir et réaliser le dispositif cadre du commun de la mobilité partagée dont l’infrastructure du point de vue technique sera composée par un « web ap » de co-voiturage qui devra permettre les échanges entre les producteurs (co-voitureurs ) et les utilisateurs (co-voiturés) où les co-voitureurs seront nécessairement des résidents professionnels ou privés de la Cité Descartes.

Lorsque le dispositif cadre des communs de la mobilité partagée et douce sera conçu et opérationnel, l’expérimentation de ces deux communs pourra commencer. Dans cette phase, les chercheurs ne seront plus seulement concepteurs du dispositif cadre mais aussi éventuellement des usagers du commun (producteur ou utilisateur) et des membres de sa gouvernance. Le prévisionnel aujourd’hui prévoit une expérimentation du dispositif soit en avril et mai prochains soit en octobre et novembre prochains.

5. Les résultats escomptés

Les résultats escomptés sont de trois ordres. Ils concernent d’abord la question du tiers scientifiqueexpérimentateur de commun à travers une conception interdisciplinaire de dispositifs cadres de la transition écologique et solidaire. Quels sont les apports de cette conception des solutions à la transition écologique qui en intègre les dimensions technique, économique, sociale et politique.

Ils concernent aussi l’émergence de nouveaux communs de la transition écologique et solidaire sur la base d’un tiers expérimentateur.

Enfin, ils portent sur la co-construction du savoir de la transition puisque le commun produit une connaissance partagée entre scientifiques, usagers et décideurs de cette transition au travers d’un processus démocratique.