18-POMELO

Le Jardin collectif comme lieu d’animation du quartier, les Balcons comme extension du jardin collectif : quel impact sur la durabilité des pratiques alimentaires ?

- POMELO (POtagers MEditerranéens sur baLcOn pour promouvoir la santé des habitants de quartiers défavorisés) - JArDin’S (Jardins collectifs urbains pour une Alimentation Durable et Saine), respectivement déployés à Marseille et à Montpellier.

Le présent billet déposé dans Cit’in : - porte sur l’étape de co-construction - entre acteurs de terrain, habitants et chercheurs - du programme de promotion de la santé POMELO, - se situe dans la QDR 5 (Communs et composition du monde commun). En effet, nos recherches et actions se déroulent dans des jardins partagés, des espaces communs générateurs de capital social. Cependant, la gestion collective des productions agronomiques de ces jardins n’est pas toujours aisée (par exemple, il n’est pas rare que les légumes produits sur des parcelles totalement collectives ne soient pas récoltés et pourrissent sur place), et les jardiniers sont souvent demandeurs de pouvoir avoir accès à une parcelle privative, même si elle est exigüe. Or, il n’y a pas suffisamment de parcelles pour tous. C’est pourquoi nous proposons, développerons et évaluerons, une forme innovante d’agriculture urbaine : la production potagère sur balcon, une activité menée dans la sphère de l’intime, mais en lien avec des activités collectives dans un jardin partagé.

Nous posons l’hypothèse que cette action participera à la lutte contre les inégalités sociales de santé en contribuant à l’empowerment des acteurs.

1. LE COLLECTIF POMELO

Scientifiques :

  • Nicole Darmon, chercheure en Nutrition et Santé Publique, directrice de recherche à l’INRA (Observations, Modélisations et Interventions pour une Alimentation Durable), UMR MOISA (Montpellier) et accueillie à Aix-Marseille-Université.
  • Jean Noël Consalès, Maître de Conférences en Urbanisme à Aix Marseille-Université (Innovations en Agriculture Urbaine)
  • Marlène Pérignon, Epidémiologiste de la nutrition, Post-doctorante à UMR MOISA,Montpellier.
  • Marion Tharrey, doctorante en nutrition à MOISA-Supagro, Montpellier
  • Les chercheurs des UMR MOISA et INNOVATION impliqués dans le projet SURFOOD-Foodscape, à Montpellier, notamment Nicolas Bricas (Sociologue et Economiste, MOISA, CIRAD), Christophe Soulard (Géographie des Paysages Alimentaires, INNOVATION, INRA), Coline Perrin (Géographie des Paysages Alimentaires, INNOVATION, INRA), Caroline Méjean (Epidémiologiste de la nutrition, MOISA, INRA), Lucie Sirieix (Marketing, MOISA, Supagro), Pascale Scheromme (Géographe et Agronome, INNOVATION, INRA), Simon Vonthron (Doctorant en Géographie, INNOVATION, INRA).

Structures de terrain :

  • Gestionnaires et animateurs de jardins collectifs à Montpellier et à Marseille
  • Partenaire spécialisé dans l’embellissement de quartiers d’habitat social à Marseille (RSNL, Régie Service Nord Littoral)
  • Structures pédagogiques spécialisées dans le jardinage (Institut Méditerranéen de la Ville et des Territoires ; Collectif LàBO)
  • Partenaire spécialisé dans la co-construction de projets participatifs (Arènes)

Professionnels de la nutrition spécialisés dans l’animation d’ateliers collectifs : Cécile Bouillot et Christophe Dubois

Professionnel de l’évaluation participative : Hind Gaigi

Institut technique : Astredhor, Institut Technique de l’horticulture, aura pour mission de faire remonter les attentes des professionnels, de créer de l’innovation d’intérêt général, d’apporter de l’expertise, de diffuser les connaissances et résultats. Représenté par Guillaume Morel-Chevillet.

Accompagnés par les membres des comités de pilotage des projets POMELO et JArDin’S, et notamment les représentants de bailleurs, aménageurs ou promoteurs, et de collectivités publiques locales, pour leur connaissance des enjeux macro-économiques et politiques du sujet, et leur capacité stratégique à faciliter la promotion et la dissémination ultérieure de la démarche.

CONTACTS : - Nicole Darmon, nicole.darmon@inra.fr (06 33 18 95 86)

2. PROJETS FONDATEURS, PRÉCÉDEMMENT RÉALISÉS par des membres du collectif, en lien avec la proposition

OPTICOURSES : un programme de prévention co-construit avec les acteurs de terrain et les publics dans le cadre d’une recherche interventionnelle

Le renforcement du lien social et des capacités d’agir par l’implication des populations et des acteurs locaux est un facteur clé de réussite des actions de prévention de la santé (Brambilla-Macias et al, 2011), et le capital social permet de limiter les effets négatifs de l’insécurité alimentaire sur la qualité de l’alimentation (Martin et al, 2004). Ceci a été confirmé par le programme Opticourses (www.opticourses.fr) sur l’alimentation et le budget, initié à Marseille en 2011 sous l’impulsion de l’ARS-PACA par des membres du collectif. Après avoir fait la preuve de son efficacité sur les approvisionnements alimentaires des publics cibles (Perignon et al, 2017) et son potentiel de transférabilité, Opticourses est implémenté en PACA et dans le Nord de la France.JASSUR : Avoir accès à un jardin partagé dans un quartier défavorisé permettrait de repenser ses pratiques alimentaires

À quelques exceptions près, la plupart des travaux sur les jardins collectifs ont été menés dans un contexte Nord-Américain. Néanmoins, une étude pluridisciplinaire a été conduite auprès d’habitants de quartiers « Politique de la Ville » (quartiers Nord de Marseille) par des membres du collectif, dans le cadre de l’ANR JASSUR. Les résultats suggèrent que la pratique du jardinage dans un jardin collectif implanté dans un quartier pauvre est en mesure de modifier les pratiques alimentaires des jardiniers et d’améliorer la consommation de fruits et légumes de leur foyer, en agissant sur des déterminants pratiques (proximité, fraîcheur, praticité), socio-économiques (lien social, dons/échanges) et psycho-cognitifs (estime de soi, compétences) (Martin et al., 2017).

Une étude pilote à Aix-en-Provence : la culture potagère sur balcons en lien avec un jardin collectif

Une étude pilote a testé une autre forme d’agriculture urbaine : la culture potagère sur balcon. Portée par une des membres du collectif POMELO dans le quartier d’Encagnane à Aix en Provence, ce projet qui s’intitulait ‘Le jardinage, levier d’un projet territorial pour l’alimentation des populations vulnérables’. Il avait l’originalité d’associer la pratique du jardinage sur les balcons à des activités collectives dans un jardin associatif de proximité. Bien que de dimension modeste (5 foyers impliqués), ce projet a démontré la faisabilité de ce type d’intervention dans des quartiers d’habitat social. Il a aussi mis en lumière l’intérêt des habitants pour la démarche, pour deux raisons principalement : l’implication des membres du foyer et notamment la facilitation des échanges avec les enfants, et le lien social créé via les animations dans le jardin collectif.

3. CONTEXTE SCIENTIFIQUE

Les fruits et légumes : des aliments favorables à la santé, mais dont la consommation est fortement différenciée socialement

Les inégalités sociales concernant l’alimentation contribuent à expliquer le gradient social de l’obésité, du diabète et des autres pathologies associées à la nutrition (INSERM, Esco 2014 ; Darmon & Drewnowski, 2008). En France, le plus faible niveau de consommation de fruits et légumes, frais en particuliers, est observé chez les 12% de personnes en situation d’insécurité alimentaire (Bocquier et al, 2015 ; Plessz & Gojard, 2013). Outre les freins financiers à la consommation de fruits et légumes (Darmon et al, 2004 ; Darmon & Drewnowski, 2015), leur périssabilité et leur qualité inconstante, et donc le risque de les gaspiller, leur moindre praticité par rapport à des produits secs et/ou transformés (surtout pour des personnes vivant dans un logement sans confort), de même que des problèmes d’accessibilité physique dans certains quartiers (surtout pour des personnes ne disposant pas d’un moyen de transport personnel) peuvent expliquer leur sous-consommation dans les populations les moins favorisées (INSERM, Esco 2014), ainsi que des freins psychosociaux et cognitifs, parfois associés à une méconnaissance et/ou une mauvaise image des produits et/ou une perte des savoirs culinaires, amplifiées par les situations de stress, d’isolement, et par le manque d’estime de soi (INRA, Esco, 2007). => Ainsi, toute action capable d’améliorer la perception des fruits et légumes et d’accroître leur consommation par les populations défavorisées, en agissant sur des déterminants pratiques, sociaux, économiques et psycho-cognitifs, devrait permettre de réduire les inégalités sociales de santé.

Nécessité d’impliquer les populations et les acteurs locaux dans les actions de prévention de la santé

Le renforcement du lien social et des capacités d’agir par l’implication des populations et des acteurs locaux est un facteur clé de réussite des actions de prévention de la santé (Brambilla-Macias et al, 2011), et le capital social permet de limiter les effets négatifs de l’insécurité alimentaire sur la qualité de l’alimentation (Martin et al, 2004). Ceci a été confirmé par le programme Opticourses (Perignon et al, 2017 ; www.opticourses.fr), initié à Marseille en 2011 sous l’impulsion de l’ARS-PACA par des partenaires du présent projet (N Darmon, C Dubois, H Gaigi), actuellement implémenté en PACA et dans le Nord de la France.

Le jardin collectif comme outil de promotion de la santé dans la littérature scientifique

Les jardins collectifs sont considérés comme des « agents de changement » économique, social, environnemental, et de santé (Draper 2010). Les bienfaits du jardinage sont parfaitement bien démontrés chez les enfants, où le jardin scolaire est identifié comme un vecteur de développement des jeunes, impactant positivement les performances scolaires, l’alimentation et l’activité physique et limitant le risque d’obésité (Castro et al, 2013 ; Davis et al., 2015; Christian et al., 2014; Bontrager et al., 2014; Gibbs et al., 2013; Castro et al., 2013; Evans et al., 2012; Langellotto et al., 2012; Gatto et al., 2012; Jaenke et al., 2012). Quant aux adultes, ceux qui fréquentent des jardins associatifs perçoivent de nombreux avantages relatifs à leur santé physique et mentale : être dehors, pratiquer une activité valorisante, être au contact de la nature et tisser des liens sociaux sont les principales raisons évoquées pour jardiner (Draper, 2010). Par rapport à des témoins non-jardiniers, les adultes qui ont accès à un jardin collectif déclarent consommer plus de fruits et légumes (Alaimo et al., 2008; Barnidge et al., 2013; Johnson et Smith, 2006; Litt et al., 2011; Delay et al, 2014), et ont un indice de masse corporelle plus faible (Zick et al, 2013).

À Marseille comme à Montpellier, la demande des habitants des quartiers est forte pour jardiner

Les acteurs locaux, qu’ils soient porteur d’un jardin collectif, expert en paysagisme et aménagement urbain rapportent que la demande des habitants des quartiers est forte pour accéder à des jardins mais que le foncier reste limité, ainsi que les possibilités d’animation. Les professionnels au contact des bailleurs sociaux savent que les bailleurs sont intéressés pour embellir les cités et améliorer le cadre de vie des habitants, et sont en attente d’initiatives innovantes et efficaces dans ce domaine.

Une mini-enquête réalisée début septembre 2017 auprès d’habitants des quartiers concernés montre que l’idée innovante que nous allons mettre en oeuvre - jardinier sur son balcon en lien avec des activités collectives – est bien en phase avec les attentes des habitants, et permettent d’ores et déjà d’identifier les difficultés qu’il faudra surmonter, liés à des questions matérielles, au manque de confiance en soi et de savoir-faire, et au besoin exprimé d’information et de conseils ; ainsi que les leviers que nous pourrons actionner, liés à l’histoire et à la culture des personnes, à leur volonté d’améliorer leur cadre de vie, d’être en lien avec la nature, d’éduquer les enfants et d’échanger avec les autres, de se faire plaisir, et au bien-être mental que peut procurer le jardinage. Ces entretiens préliminaires indiquent que l’entourage est également un levier potentiellement important.

4. DESCRIPTION DES PROJETS JArDin’S et POMELO

JArDin’S et POMELO, deux projets complémentaires pour :

  • comprendre l’impact des jardins collectifs sur la durabilité des pratiques (JArDin’S) à Montpellier
  • imaginer et co-construire un format innovant d’agriculture urbaine appropriable par le plus grand nombre : le jardinage sur balcon en lien des activités dans un jardin collectif (POMELO) à Marseille

=> JArDin’S : des Jardins collectifs urbains pour une Alimentation Durable et Saine (Montpellier, thèse en cours, sept 2017-sept 2020)

L’étude JASSUR précédemment réalisée dans des jardins collectifs dans les quartiers Nord de Marseille a mis en lumière une relation positive entre la pratique du jardinage et les perceptions et pratiques alimentaires des jardiniers (Martin et al., 2017). Cependant, l’étude étant transversale, l’échantillon petit et les témoins imparfaits, la causalité entre jardinage et pratiques alimentaires n’a pas pu être formellement démontrée. Nous avons donc proposé, dans le cadre du projet collaboratif SURFOOD-Foodscape (coordination UMR MOISA/Supagro, Montpellier, financement Fondation Agropolis) de co-construire un protocole de recherche participative, selon un design de type quasi expérimental, qui vise à étudier, dans des quartiers Montpelliérains socialement contrastés, si l’accès à un jardin collectif en milieu urbain pourrait favoriser l’adoption de pratiques plus saines et durables chez les jardiniers et leurs proches.

Ce projet fait l’objet d’une thèse qui a débuté en sept 2017, et dont la discipline principale est la nutrition, mais qui mobilise de nombreuses autres disciplines (sociologie, géographie, agronomie, marketing social, économie, sciences de l’environnement). La durabilité des pratiques alimentaires sera estimée i) au niveau des jardiniers par : les pratiques agronomiques, le niveau d’activité physique, le bien-être ; ii) au niveau de leur foyer : par la qualité nutritionnelle et l’équilibre animal/végétal des approvisionnements alimentaires, l’impact environnemental attribuable à ces approvisionnements (aliments achetés et déplacements associés) et le gaspillage alimentaire. Un groupe témoin n’ayant pas accès à un jardin sera également suivi. Pour mieux comprendre les mécanismes impliqués dans les changements, l’évolution des différentes dimensions de la valeur accordée à l’alimentation, au jardin, et aux produits du jardin sera également évaluée.

Besoin d’élargir le champ d’action des jardins collectifs et le nombre de bénéficiaires de leurs bienfaits potentiels

À Marseille, les jardins partagés sont majoritairement implantés dans les quartiers les plus défavorisés de la ville mais seule une minorité d’habitants peut y avoir physiquement accès (Consalès 2017). En effet, la présence de jardins collectifs en ville est limitée par le prix et la disponibilité du foncier, les plans d’aménagement urbains, la gouvernance des habitats sociaux … Or il existe des formes d’agriculture urbaine plus spontanées que les jardins collectifs, et moins dépendantes des politiques publiques et privées. Ainsi, la culture potagère sur balcon est en plein essor en France : une enquête réalisée récemment sur internet par Astredhor (Institut Technique de l’Horticulture, partenaire du collectif), a montré que près de la moitié des foyers disposant de balcons aimeraient posséder des légumes et des petits fruits (Astredhor, 2016). Face à cette nouvelle demande de végétaux comestibles en ville à l’échelle domestique, il serait souhaitable que les bénéfices probables de la pratique du jardinage ne restent pas cantonnés à certaines catégories de la population à fort capital économique.

=> POMELO : POtagers MEditerranéens sur baLcOn pour promouvoir la santé des habitants de quartiers défavorisés

LA DÉMARCHE POMELO : les balcons comme extension du jardin, le jardin comme lieu d’animation du quartier

Nous posons l’hypothèse qu’une action innovante associant un processus collectif de renforcement du lien social et une agriculture urbaine spontanée, pratique, accessible et économique pourrait contribuer à réduire les effets négatifs de l’insécurité alimentaire. C’est pourquoi nous proposons de coupler l’implantation de jardinières sur les balcons des habitants, à des animations, ludiques et conviviales, de promotion de la santé réalisées au coeur des jardins collectifs dans des quartiers prioritaires de la politique de la ville de Marseille.

L’OBJECTIF GÉNÉRAL DU PROJET POMELO est la co-construction, entre acteurs de terrain, habitants et chercheurs d’une démarche de promotion de la santé destinée à des habitants de quartiers défavorisés, associant des cultures potagères sur balcons, des ateliers dans des jardins collectifs et des accompagnements individuels.

LES OBJECTIFS OPÉRATIONNELS DU PROJET POMELO

La mise en place de groupes de co-construction permettra d’atteindre trois objectifs opérationnels :

  1. Techniques de production : analyse de la faisabilité et des modalités techniques de production potagère sur les balcons dans différents types d’habitat ;
  2. Modalités d’animation : définition des modalités de réalisation d’ateliers collectifs et d’accompagnements individuels sur l’alimentation en lien avec la pratique du jardinage ;
  3.  Pistes pour l’évaluation d’impact et la dissémination : identification des pistes pour l’évaluation de l’impact - sur l’alimentation, le bien-être et le cadre de vie - de cette nouvelle démarche de promotion de la santé basée sur la culture potagère sur balcons en lien avec un jardin collectif, et pour sa dissémination dans d’autres quartiers.

DÉROULEMENT DU PROJET POMELO

Le projet se déroulera en 2 temps, dans 3 quartiers, sur la base d’ateliers de co-construction, comme indiqué ci-dessous :

Temps 1 : Agir et réfléchir avec les habitants à l’échelle d’un quartier

Dans chaque quartier, des habitants seront mobilisés par un partenaire local, animateur d’un jardin collectif. Ce partenaire pourra avoir participé à la réflexion en amont du dépôt de cette lettre d’intention (notamment Association Accueils et Rencontres, et Centre Social Bernard Du Bois) et/ou être nouvellement impliqué au démarrage du projet. Concrètement, une première réunion sera organisée avec les structures de terrain afin de décider d’une stratégie de mobilisation des habitants dans chaque quartier.

La parole, les attentes et les idées des habitants seront recueillies dans des ateliers de co-construction mis en place par les acteurs locaux. Dans chacun des 3 quartiers, des thématiques seront proposées sur l’alimentation et la culture sur balcons (ateliers cuisine, dégustations, équilibre alimentaire, bacs et plants pour les cultures…). Les premiers ateliers viseront à identifier les activités considérées comme les plus pertinentes par le groupe de co-construction du quartier. Celles-ci seront ensuite développées au cours de 3-5 ateliers animés par un intervenant spécialisé dans la pratique du jardinage et un intervenant en nutrition. Un atelier sera aussi organisé sur le thème de la dissémination et de l’évaluation de l’action. Chaque groupe d’habitants travaillera de manière indépendante pour favoriser la créativité et l’émergence d’idées innovantes propres à chaque quartier.

L’Institut Technique Astredhor fournira le matériel végétal, choisi par les habitants. Chaque habitant pourra tester in-situ (à son domicile) le résultat de cette co-construction, en cultivant sur son propre balcon. Différents types d’accompagnements individuels seront mis en place comme le suivi à domicile, des échanges de photographies, une correspondance par courriel ou SMS à propos de l’alimentation et de la pratique du jardinage animés par une diététicienne-nutritionniste formée à la culture sur balcon.

Lors des ateliers et des accompagnements individuels les informations suivantes seront collectées : des informations techniques sur la conception et la construction des jardinières et le choix des cultures, des informations sur les thèmes abordés dans les ateliers, les méthodes et les outils d’animation, ainsi que des propositions pour l’évaluation de l’impact sur la santé, le bien-être et le cadre de vie et pour la dissémination ultérieure de l’action dans d’autres contextes. Une étude sera réalisée en parallèle (par un groupe d’étudiants de l’école nationale supérieure du paysage) sur la faisabilité technique de la culture potagère sur balcons dans d’autres bâtiments/quartiers.

Temps 2 : Mutualiser les savoirs et les résultats obtenus dans les trois quartiers

Dans cette deuxième phase, il s’agira de synthétiser les informations récoltées dans les différents ateliers afin de répondre aux objectifs opérationnels N°1 (techniques de production), N°2 (modalités d’animation) et N°3 (pistes pour l’évaluation d’impact et la dissémination). Un groupe technique et de synthèse se chargera de collecter l’ensemble des informations recueillies, de façon transversale. Puis, quatre rencontres entre les groupes de travail seront organisées afin de mutualiser les résultats obtenus dans les des trois quartiers. Pour les habitants et les associations locales, la mutualisation permettra la découverte d’autres jardins et d’autres contextes urbains et des échanges autour du travail des autres groupes.

LIVRABLE DU PROJET POMELO

Une synthèse globale des résultats permettra d’obtenir le LIVRABLE attendu (voir Figure), à savoir le « Cahier des charges d’une démarche de promotion de la santé basée sur la culture potagère sur balcons en lien avec un jardin collectif, et l’identification de pistes pour l’évaluation de l’impact et la dissémination de cette nouvelle démarche ». Notamment :

  • une méthodologie d’évaluation de l’impact de l’action sur l’alimentation et le bien-être, sera choisie et validée de manière concertée avec les habitants. Par exemple, on discutera de la pertinence de la passation de questionnaires (sur le sentiment d’auto-efficacité, la sédentarité..) et des méthodologies mises en oeuvre dans le cadre du projet Opticourses pour l’analyse des approvisionnements alimentaires (recueils et analyse de tickets de caisse, jeu sur les courses alimentaires…)
  • une méthodologie d’évaluation de l’impact sur le cadre de vie sera proposée. Par exemple, sur la base des informations techniques (agronomiques, constructives) identifiées dans les contextes architecturaux examinés dans POMELO, on discutera de la pertinence d’évaluer les impacts de l’intervention sur la qualité agronomique, la pérennité des végétaux et la dynamique de végétalisation dans le paysage urbain à l’aide de photos prises par les habitants eux-mêmes ou lors de visites à domicile.
  • des pistes pour la dissémination de l’action seront proposées, en croisant les avis des habitants et ceux d’aménageurs et de bailleurs sociaux souhaitant favoriser la réappropriation de l’espace par les habitants en rénovant et en végétalisant les cités et les espaces communs (cages d’escaliers, pieds d’immeubles, …).

PILOTAGE DU PROJET POMELO (voir aussi la composition détaillée du collectif POMELO en page 1)

  • un groupe-projet aura pour rôle de coordonner les actions au quotidien, notamment au regard du planning général, et de gérer les volets administratifs et financiers. Les acteurs locaux de terrain auront quant à eux la charge d’organiser les ateliers participatifs, de mobiliser les habitants et de participer aux synthèses des travaux. Les habitants participeront activement à la co-construction du projet et à son évaluation.
  • un comité de pilotage aura pour rôle d’élargir les parties prenantes à des acteurs tels que des représentants de bailleurs, aménageurs ou promoteurs, et de collectivités publiques locales, pour leur connaissance des enjeux macro-économiques et politiques du sujet, et leur capacité stratégique à faciliter la promotion de la démarche POMELO et sa dissémination ultérieure.

ÉVALUATION DU PROJET POMELO

L’évaluation des effets du projet POMELO sera observée en regard de :

  1. L’atteinte des 3 objectifs opérationnels énoncés : respect des livrables attendus.
  2. L’atteinte de ces objectifs dans une démarche de co-construction et selon les critères suivants : rôle et ressources dédiées à l’implication des 3 types d’acteurs, pertinence et cohérence du processus choisi.
L’évaluation du caractère transférable de l’action sera effectuée sur la base de la grille ASTAIRE. L’évaluation du processus respectera les attendus du cahier des charges sur la démarche d’accompagnement de l’équipe par l’évaluateur de type "évaluation en marchant". Afin d’apprécier le respect de la démarche, les moyens, le respect du calendrier, les difficultés rencontrées et les moyens d’y remédier, l’évaluation s’appuiera sur des entretiens auprès des 3 types d’acteurs (habitants, acteurs de terrain, chercheurs) et sur la présence de l’évaluateur lors des réunions du "groupe projet" et du "comité de pilotage", et lors de certains ateliers de co-construction. Tout au long du projet, des données seront recueillies et analysées par l’évaluateur et restituées aux acteurs, contribuant ainsi à l’évaluation " en marchant".

PERSPECTIVES

JArDin’S et POMELO vont fournir :
  • des données probantes sur l’impact de l’agriculture urbaine sur la durabilité des pratiques alimentaires des citadins, et des éléments de compréhension des mécanismes mis en oeuvre dans ces changements.
  • un protocole d’intervention et d’accompagnement des personnes pour la production potagère sur balcon et les animations dans les jardins et le suivi à domicile co-élaboré entre acteurs de terrain, habitants et chercheurs, ainsi que des prototypes pour des outils d’intervention, qui soient à la fois ludiques pédagogiques et respectueux de l’estime de soi, qui sera utile aux acteurs de terrain, incluant les aménageurs, les concepteurs et les producteurs horticoles.
  • des pistes pour la dissémination de l’action basées sur le croisement des avis des habitants et d’aménageurs et de bailleurs sociaux souhaitant favoriser la réappropriation de l’espace par les habitants en rénovant et en végétalisant les cités et les espaces communs (cages d’escaliers, pieds d’immeubles, …).
LE BILLET SOUMIS À CIT’IN porte sur la phase de co-construction du programme de promotion de la santé. A l’issue de cette phase, les différents partenaires devront créer les conditions de mise en oeuvre du LIVRABLE, à savoir dans un (ou plusieurs) projet(s) ultérieur(s) :
  • procéder, dans le cadre d’une recherche interventionnelle, à l’évaluation de l’impact - sur l’alimentation, le bien-être et le cadre de vie - de la démarche de promotion de la santé co-construite dans le présent projet
  • accompagner, en lien avec des bailleurs et/ou des collectivités locales, la transférabilité de cette démarche dans différents quartiers et contextes socio-économiquement défavorisés.

En fournissant, à terme, un modèle d’action transférable à d’autres quartiers prioritaires de la Politique de la Ville, ce projet s’inscrit dans la lutte contre les inégalités sociales de santé.

ANNEXE BIBLIOGRAPHIQUE

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