Le web, outil de participation

 
 
 
GREFFET Fabienne et PAILLIART Isabelle (2011),
Présentation de l'atelier "Le web, outil de participation"
lors de la seconde journée doctorale sur la participation du public et la démocratie participative,
Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales de Paris, 18 octobre 2011.
 


 

 Présentation

 
Le web comme outil de participation pose la  question de la relation entre les potentialités techniques et le fonctionnement  démocratique, autrement dit la complémentarité (possible) entre interactivité sociale et interactivité technique ; cette question renvoie à la fois aux dispositifs mis en œuvre, et à la manière dont se construit l’objet scientifique web en tant qu’outil de participation. 
 
Du point de vue des dispositifs  participatifs mis en ligne, la  diversité prévaut. Ainsi, les acteurs à l’origine des dispositifs – de la direction d’un parti politique à un groupe informel de citoyens mobilisés sur un événement - comme  leurs participants présentent une grande hétérogénéité, même si on remarque, à l’instar de ce que pointe la littérature sur la démocratie participative en Europe, une appropriation plutôt circonscrite à des « minorités actives » et tendanciellement restreinte en nombre de participants. Des éléments sociologiques concernant ces participants peuvent être interrogés : la place du public « jeune » est-elle conséquente ? Par quels canaux ces personnes arrivent-elles aux dispositifs ? Comment s’articulent chez les participants les différents modes d’appropriation des espaces ouverts en ligne, qui vont de l’intervention extrêmement active et fréquente à des postures  passives » (simple lecture de documents sans prise de position) ? Des tensions entre participation en ligne et participation hors ligne peuvent également apparaître, certains participants hors ligne s’éloignant de la participation en ligne, considérée comme trop chronophage, par exemple ; ou, inversement, la participation en ligne étant perçue par les participants comme la seule pertinente et valable dans un contexte précis.  
 
Ces dispositifs web de participation s’inscrivent aussi dans des contextes spécifiques, avec parfois des observations inattendues quant à leurs dimensions temporelles et spatiales. Par exemple, certains dispositifs créés par des structures institutionnelles peuvent ne pas perdurer dans le temps, tandis que d’autres plus contingents s’institutionnalisent progressivement. De même, la question du rapport au territoire s’avère complexe : l’usage du web ne signifie pas forcément l’effacement du territoire physique ; parfois, il conduit au contraire à réinvestir ce territoire (local) comme lieu d’inscription dans la participation politique. Le degré de concurrence entre les espaces web (et non web) peut également être explorée ; que se passe-t-il lorsque des groupes proches ouvrent et « occupent » simultanément plusieurs espaces de participation en ligne (ou hors-ligne), comment les choix s’opèrent-ils ?  
 
Parallèlement, construire l’objet « web comme outil de participation » conduit à constater la plasticité des concepts mobilisés, tels que ceux de « participation », de « e-démocratie », de « gouvernance », d’autant plus sans doute que l’objet est investi par des chercheurs venant de plusieurs disciplines, aux problématiques divergentes. Dans ce cadre, la participation sur le web est tantôt associée à des processus de débats entre pouvoirs publics et citoyens, tantôt à la formation d’une opinion publique sur un sujet - sans médiation du politique -, tantôt le produit de l’expressivité d’un groupe avec seulement secondairement un objectif de réaction des pouvoirs publics. Les formes de cette participation ne sont pas forcément celles qui auraient été attendues  in abstracto. Par exemple, dans le cas de l’établissement de cartographies comportant des informations scientifiques, il ne s’agit pas pour les participants de contribuer à la production de ces informations scientifiques, mais à leur mise en forme sur support visuel. On gagnerait sans doute à mieux distinguer entre toutes ces formes (potentielles) de participation et à analyser leur rapport au politique. 
On peut aussi s’interroger, sur l’aporie entre des modalités très subjectives et personnelles de participation, et la politique dans son sens institutionnel, qui produit du même, de l’unité. Ce qui pose la question de savoir quels sont les résultats politiques – en termes d’effets sur la décision publique – des cas de participation observés… et si la diversité des points finit par produire du « même », des éléments « digérables », assimilables par le politique en termes de politiques publiques (et non seulement en termes d’instrumentalisation de la participation). 
 
Ainsi, « le web comme outil de participation » permet d’appréhender un ensemble d’expériences et des recompositions dans les manières d’exprimer le politique et le rapport au politique.
 
 

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