Ouvrage Réinventer la démocratie: pour une démocratie participative sans partis politiques et sans élections
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Les Grecs ont inventé la démocratie quelques centaines d’années avant Jésus-Christ. Les décisions étaient prises par le peuple rassemblé dans l’agora d’Athènes. On a qualifié ce système de «démocratie directe». Un deuxième type de démocratie, la «démocratie élective», a évolué graduellement avec l’extension du droit de vote aux XIXe et XXe siècles. Ces deux formes de démocratie ont des déficiences majeures. Platon qualifiait la démocratie de son époque de «théâtrocratie». Churchill disait que «la démocratie est le plus mauvais système de gouvernement, à l'exception de tous les autres qui ont pu être expérimentés dans l'histoire».
Rien n’empêche de songer à une troisième forme de démocratie. Dans le livre Réinventer la démocratie : pour une démocratie participative sans partis politiques et sans élections (Septentrion 2011) je propose un modèle de gouvernement pris en main par la population sans l’intermédiaire des partis politiques. Les grands avantages de ce modèle sont de supprimer l’influence de l’argent et d’enlever aux groupes d’intérêt toute possibilité de faire pression sur les gouvernants, laissant ainsi fort peu de place pour la malhonnêteté et la corruption.
La démocratie participative repose sur la création de Regroupements pour la bonne gouvernance. Ces Regroupements permettraient à toutes les personnes qui s’intéressent aux affaires publiques de participer activement à l’élaboration des politiques gouvernementales au lieu de se contenter de déposer un bulletin de vote tous les quatre ans. Les Regroupements donneraient une voix aux citoyens ordinaires, aux contribuables moyens, aux consommateurs, aux usagers des services publics, aux travailleurs non syndiqués, aux petits commerçants, bref à tous ceux qui ne disposent pas de groupes puissants pour les représenter et défendre leurs intérêts.
Les Regroupements seraient centrés sur les divers sujets d’intérêt public : éducation, santé, économie, environnement, culture, etc. Un Conseil de la bonne gouvernance, organisme qui remplacerait le Directeur général des élections, serait chargé de guider la création et le bon fonctionnement des Regroupements, responsables entre autres de sélectionner des personnes compétentes pour siéger à l’Assemblée nationale. Parmi ces dernières, une centaine seraient désignées au sort afin de représenter équitablement les hommes et les femmes, les divers groupes d’âge, les régions, ainsi que les anglophones, les francophones et les autochtones. Le processus de sélection serait tout à fait ouvert et transparent pour prévenir tout tripotage. La rectitude du système serait surveillée par le Conseil de la bonne gouvernance et toute entorse aux règles serait sanctionnée. La confiance des gens dans l’intégrité du processus constituerait le fondement de la légitimité démocratique des gouvernants.
Les membres de l’Assemblée nationale seraient les représentants de monsieur et madame tout le monde. Leurs qualifications seraient reconnues par leurs concitoyens, ils seraient libres de toute attache et disposeraient d’une totale liberté de parole. Leurs préoccupations seraient celles de l’ensemble de la population.
L’Assemblée nationale fonctionnerait selon le modèle du Sénat américain. Le pouvoir serait détenu par les commissions sectorielles et ne serait pas concentré dans les mains d’une seule personne comme c’est le cas présentement avec le premier ministre. Il s’agirait d’une direction collégiale plus susceptible d’être à l’écoute des gens que des individus imbus de leur pouvoir.
Étant donné que les Regroupements constitueraient des instruments incomparables pour se faire entendre des gouvernants, ils auraient la capacité de mobiliser toutes les personnes qui s’intéressent à la politique. En plus des personnes déjà actives politiquement, les Regroupements attireraient tous ceux et celles qui sont intéressées par les affaires publiques mais qui ne se donnent pas la peine de s’impliquer parce qu’ils sont convaincus que les gouvernants ne les écoutent pas. Il serait chimérique d’imaginer que tous les citoyens décideraient de s’impliquer, mais on peut croire qu’un bon nombre de gens le feraient et que ce nombre augmenterait lorsqu’il serait question d’accroître les taxes et les impôts ou de diminuer les services publics. Si seulement 20% des gens participaient, les Regroupements rassembleraient plus d’un million de personnes, le Québec comptant une population adulte de près de six millions. Un tel nombre assurerait une représentativité démocratique, car il serait évidemment impossible de noyauter ou de contrôler un si grand nombre de personnes.
La démocratie participative solutionnerait le principal problème qui affecte la démocratie élective soit l’influence de l’argent et des groupes de pression. Nos politiciens, en effet, ont besoin de beaucoup d’argent pour se payer des experts en marketing électoral et des campagnes publicitaires à la TV. Ils sont donc toujours à la recherche de fonds. Les tentations de trafic d’influence et de corruption sont omniprésentes. Les élus font des contorsions mentales pour justifier leurs agissements et faire croire que les individus et les groupes qui contribuent à leurs courses à la chefferie et à leurs campagnes électorales sont traités comme tout le monde et ne reçoivent aucun avantage indu. Il est cependant évident que si les contributeurs ne bénéficiaient pas du moindre privilège, ils ne donneraient que des montants symboliques ou rien du tout. Les électeurs sont outrés des cas de corruption flagrants qui font surface de temps à autre, mais tous ne réalisent pas que l’ensemble du système est perverti du fait que les riches et puissants sont traités différemment des gens ordinaires. L’argent est véritablement la gangrène de la politique.
Même s’il n’est pas facile d’abandonner les élections, une tradition vieille de 150 ans, lorsque les gens auront analysé le pour et le contre, ils réaliseront qu’ils ont tout à gagner à opter pour la démocratie participative. Ils auront alors, pour citer Abraham Lincoln, un véritable «gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple».
D’autres informations sur le sujet sont disponibles dans mon carnet du site web des Éditions du Septentrion (où l’on peut aussi commander une version électronique du livre).
Jean Laliberté
Auteurs et appartenances institutionnelles
Jean Laliberté est détenteur d'une maîtrise en science politique (Université Laval, 1968) et a complété un cycle d'études à l'École nationale d'administration (Paris, 1971). Il a travaillé dans la fonction publique fédérale de 1967 à 1979 et dans la fonction publique du Québec de 1979 à 2002. Par la suite, il a été conseiller en gestion au sein d'une grande société québécoise.
Il est l'auteur du livre Les Fonctionnaires - Politique, bureaucratie et jeux de pouvoirs publié au Septentrion en 2009.
Références bibliographiques ou publications associées
Jean Laliberté, Réinventer la démocratie. Pour une démocratie participative sans partis politiques et sans élections, Paris Septentrion, 2011
Date de publication ou de début de la recherche
22 juillet 2011
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