Un tournant participatif mondial ?

Sommaire du n° 1/2016 paru en juin 2016

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Dossier

Un tournant participatif mondial ?

Dossier coordonné par Alice Mazeaud, Magali Nonjon et Raphaëlle Parizet

Alice Mazeaud, Magali Nonjon et Raphaëlle Parizet, « Les circulations transnationales de l’ingénierie participative », Page 5 à 35

Eric Cheynis, « Les pionniers de la participation au Maroc. Espace de reclassement et constitution d’un savoir autonome », Page 37 à 59

Raphaëlle Parizet, « Le « pauvre d’abord ». Une analyse des dynamiques circulatoires de la participation populaire au développement », Page 61 à 90

Osmany Porto de Oliveira, « La diffusion globale du budget participatif : le rôle des « ambassadeurs » de la participation et des institutions internationales », Page 91 à 120

Alice Mazeaud et Magali Nonjon, « Vers un standard participatif mondial ? Enjeux, conditions et limites de la standardisation internationale de la participation publique », Page 121 à 151

Melike Yalçın-Riollet, « Du rôle de l’internationalisation dans la circulation des dispositifs participatifs. Le cas de l’Agenda 21 local en Turquie », Page 153 à 176

Julien O’Miel, « Modèle ou mirage ? Circulation et réappropriation de la politique régionale participative toscane », Page 177 à 206

Varia

Christophe Hauert, Marc Audétat, Danielle Bütschi, Alain Kaufmann et Jean-Christophe Graz, « Les arènes de la normalisation internationale à l’épreuve de la participation : le projet INTERNORM », Page 207 à 235

Anouk Flamant, « Donner la parole aux étrangers ? De la création d’une participation politique à l’usage ethnicisé de la catégorie d’« étranger » par les municipalités », Page 237 à 264

Lecture critique

Julien Talpin, « Légitimer les inégalités. De la démocratie participative en Amérique », Page 265 à 282


Présentation du numéro

Les articles rassemblés dans ce dossier, interrogent l’existence d’un « tournant participatif mondial » en analysant les dynamiques transnationales de circulation verticale (de l’international vers le national ou le local) et horizontale (territoires entre eux, acteurs appartenant aux mêmes espaces institutionnels et sociaux) de l’ingénierie participative. Afin d’éviter le « tropisme normatif et procédural » des travaux sur les dis­positifs participatifs (Mazeaud, 2010), le dossier mobilise la notion d’ingénierie participative, entendue comme regroupant tout à la fois les ingénieurs (acteurs et promoteurs), la machinerie (outils, dispositifs, savoir-faire, etc.) et les idées qui sont portées par ces ingénieurs via ces machineries. D’une part, cela permet de prendre de la distance avec le présupposé démocratique de la parti­cipation. Dans la continuité des travaux ayant procédé à une sociologie de l’offre participative (Gourgues, 2012), cette entrée conduit à analyser la façon dont ces circulations transnationales répondent au moins autant à des logiques endogènes aux jeux politique, administratif et marchand qu’à une demande de participation et aux transformations des démocraties contemporaines. En effet, envisager la participation comme une offre largement déconnectée de toute demande sociale permet notamment de dissocier la question de la circulation des dispositifs de celle de la croyance des acteurs ou des « problèmes » sociaux à laquelle cette offre prétend répondre. D’autre part, la notion d’ingénierie par­ticipative permet de déplacer le regard des dispositifs vers les acteurs qui les font vivre et circuler. Puisque les enquêtes sont ici essentiellement axées sur des formes de participation institutionnalisées, l’analyse tend à mettre l’accent sur le rôle des acteurs institutionnels (notamment organisations inter­nationales) et des élites intermédiaires (ONG, think thanks, etc.) connectées plus ou moins explicitement aux bureaucraties et donc largement dépendantes des États (subventions, autorisations, soutiens logistiques, labellisations).

Toutefois, les articles s’attachent également à éclairer le rôle joué par des acteurs locaux, et en premier lieu les professionnels de la participation, dans ces circulations. Notamment, l’un des objectifs du dossier est d’analyser ensemble les circula­tions internationales d’État à État, ou entre les organisations internationales et les États, ainsi que les circulations transnationales entre les acteurs privés (du secteur marchand ou non marchand) et/ou entre les gouvernements locaux. Ces circulations sont transnationales du fait d’un ensemble d’interactions entre des acteurs publics – États et organisations internationales – mais également tout un ensemble d’acteurs pri­vés – acteurs marchands, associations, chercheurs indépendants, etc. En effet, dans les articles, les circulations sont envisagées comme une variable indépen­dante explicative de l’émergence des dispositifs participatifs dans le monde, mais surtout, ces circulations sont étudiées pour elles-mêmes, c’est-à-dire comme variable dépendante, éclairant la transnationalisation de l’action publique.

En situant l’analyse de ces dynamiques circulatoires au croisement des travaux de sociologie et d’anthropologie (circulation des formes démocratiques et sociologie fine des acteurs de la circulation), de sociologie des sciences (circulation des innovations) ainsi que ceux de science politique (transnationalisation des politiques publiques), le dossier invite d’une part à relativiser la dimension coercitive exercée par les organisations internationales développée par les approches critiques de la « tyrannie » de la participation. D’autre part, à rebours d’une vision trop déterministe qui fait de l’appropriation du discours et des pratiques participatives par les acteurs locaux le signe mécanique de leur adhésion à la rhétorique participative, le dossier met en exergue la pluralité des investissements, plus ou moins intéressés, dans la participation. Enfin, la valorisation systématique de « bonnes pratiques » et d’expériences modèles dans les processus circulatoires étudiés conduit à mettre l’accent sur le rôle des réseaux professionnels et les usages stratégiques de l’international dans le cadre de la compétition entre les territoires.