Présentation du Gis

Le Gis Démocratie et Participation à l’heure de son renouvellement 2018-2022

L’activité du Gis

Le bilan des deux premières périodes (2009-2013, 2014-2017) du Gis Démocratie et participation montre la consistance de la communauté de recherche sur la participation du public en démocratie que son activité a permis de structurer. Avec 56 laboratoires et équipes de recherche associés au Gis, cette communauté est fortement pluridisciplinaire, la quasi-totalité des disciplines de sciences humaines et sociales y étant représentées. C’est au total près de 1.000 chercheurs et doctorants qui se sont mobilisés pour répondre aux appels à communications et participer aux Colloques, journées d’études et journées doctorales du Gis. Plus de la moitié, soit plus de 600 chercheurs et doctorants, ont un papier publié dans des Actes en ligne sur le site du Gis, dans la revue Participations, nouvelle revue de sciences sociales créée en 2011 à l’initiative du Gis et éditée par De Boeck-Cairn, ou une notice dans un « livrable-phare » du Gis, le Dictionnaire critique et interdisciplinaire de la participation, en ligne : soit, en huit ans, près de 350 papiers issus de communications mis en ligne, 120 notices du Dictionnaire et 212 articles et comptes rendus de lecture publiés dans la revue Participations, en 18 numéros.

L’importance accordée par le Gis à la publication des résultats de ses travaux manifeste le souci d’inscrire pleinement son activité dans le champ académique et d’y ancrer le nouveau domaine des études de la participation en démocratie. Ainsi, l’activité du Gis a permis de déployer ce domaine, en le dotant des structures d’animation et de diffusion de la recherche — instances du Gis, colloques, revue, ressources collaboratives… — nécessaires pour acquérir une légitimité académique en sciences humaines et sociales et bénéficier d’une pertinence sociale reconnue. Cette activité a en effet trouvé un large public au-delà du monde de la recherche, comme en témoignent les données de consultation du site du Gis (dépassant 100.000 consultations par an depuis 2014), du Dictionnaire critique et interdisciplinaire de la participation (plus 200.000 consultations en 4 ans) ou de la revue Participations (près de 240.000 consultations en 6 ans des articles en texte intégral).

Les évolutions thématiques du Gis

L’importance prise par le Gis Démocratie et Participation tient à la capacité de cette structuration souple de la recherche de faire évoluer ses thématiques pour rester sur les questions les plus vives qui animent la communauté de recherche et, plus largement, la société. Constitué au départ sur un programme de « démocratisation de la démocratie » qui a d’abord fédéré une communauté d’études de la participation en démocratie, l’activité du Gis a progressivement mis l’accent (c’était l’axe de son premier renouvellement 2014-2017) sur la double contradiction qui traverse les phénomènes participatifs : d’une part celle opposant l’institutionnalisation (et la professionnalisation) de la participation du public aux processus décisionnels et les pratiques informelles de participation, porteuses d’une critique du politique et de la décision ; d’autre part celle opposant l’investissement de la participation par les mouvements sociaux comme vecteur d’empowerment, d’émancipation, et les usages de la participation comme instrument de gouvernement de l’action publique et des conduites sociales.

L’actualité renouvelée des revendications d’interpellation citoyenne, de pouvoir d’agir et le questionnement des formes institutionnelles aptes à les reconnaître impliquent que les études de la participation en démocratie saisissent les phénomènes de manière large : au-delà de l’analyse de dispositifs envisageant la « démocratie participative » comme réponse à la crise de la démocratie représentative, il convient de prêter attention à la multiplicité des revendications des mouvements sociaux et de collectifs multiformes (fonds d’interpellation citoyenne, droit d’initiative populaire, tirage au sort, expertise solidaire, mouvements « des places », mais aussi initiatives interrogeant les dimensions économiques des processus démocratiques…) et à la diversité des formes de participation sociale et politique, ainsi qu’au renouvellement profond des interrogations sur les formes démocratiques, tant dans le monde de la recherche que dans la société.

S’affirment également aujourd’hui des enjeux entièrement nouveaux qui bouleversent l’appréhension de la participation et de la démocratie, alors que leur critique se ravive et que des évolutions autoritaires se font jour. Les enjeux massifs des diverses transitions énergétique, écologique, numérique redistribuent les débats sur le politique, redessinent la citoyenneté et ses pratiques, réinterrogent l’égalité et la justice sociale, mettent l’accent sur la démocratie comme forme de vie, et nourrissent la revendication d’« une démocratie réelle maintenant ! », au-delà de la visée de démocratiser — ou même de radicaliser — la démocratie et ses institutions. Pas un pan ou champ de la vie politique, sociale et économique n’échappe aux conflits et luttes sur ce qu’est « faire société », et ce que participer veut dire pour y donner sens. L’orientation du Gis pour son prochain renouvellement (2018-2021) propose d’explorer les défis de l’action citoyenne, des expérimentations démocratiques, d’interroger les enjeux démocratiques des transitions en cours autour des questions que le 3ème grand colloque du Gis, Les Expérimentations démocratiques aujourd’hui. Convergences, fragmentations, portées politiques, fin janvier 2017, à la MSH Paris Nord, à commencer d’explorer. Deux ouvrages rendant compte du colloque sont en préparation.

Un nouveau rôle pour le Gis

Ce rôle de carrefour de dialogue entre des programmes de recherche évolutifs se traduit par le changement d’échelle qui marque le renouvellement du Gis pour 2018-2021 : jusque-là dédié à l’animation de la recherche, le Gis se trouve maintenant pilote d’un programme de recherche, le programme Cit’in, Expérimentations démocratiques pour la transition écologique, confié par le ministère de la Transition écologique et solidaire, tandis que le CNRS souhaite lui confier un autre programme, en cours de construction avec le CNAM et ATD Quart Monde, sur le croisement des savoirs, afin de contribuer à la structuration des « sciences participatives ».

Le programme Cit’in :

La notion de transition écologique, qui a progressivement supplanté celle de développement durable, exprime la nécessité d’adapter nos économies et nos sociétés (modes de vie, action publique, démocratie…) au respect des limites de la biosphère. Avec de nouvelles règles et indicateurs économiques pour préserver les ressources, la lutte contre les inégalités (sociales et environnementales) et l’implication des citoyen·ne·s sont décisives pour sa réussite. Mais cette dernière est souvent conçue sous l’angle de l’injonction à l’adaptation au changement climatique, ou de la résilience. Ces notions délimitent le cadre dans lequel les questions de transition en viennent à être publiquement débattues. Mais elles doivent être articulées au pluralisme des modes de relation de l’être humain à l’environnement, à la diversité des dispositions à agir, à la variété des capacités d’appropriation des politiques publiques, à l’inégale distribution des possibilités d’initiatives mais aussi des empreintes écologiques selon les groupes sociaux et selon les territoires concernés. En effet, la capacité à habiter le monde sans détruire la planète, la conscience d’une communauté de destin prennent sens et se déploient dans de multiples expériences sur les territoires. Une pluralité de chemins de la transition naît précisément de cette multiplicité d’expériences.

Le programme Cit’in se propose d’explorer la pluralité des chemins de la transition, d’y appréhender l’implication des citoyen·ne·s dans sa diversité. La participation des citoyen·ne·s recouvre à la fois des changements de comportements de consommations énergétiques, alimentaires, de mobilité ; leur appropriation des politiques publiques et des innovations des collectivités locales ou de l’État ; l’expérimentation de nouveaux choix de société sur les territoires (mouvement des villes en transition, nouvelles solidarités pour une société du bien vivre…) ; les multiples activités et pratiques des communs (coopératives autour de l’éolien, plateformes autour de données, jardins partagés…) ; le partage de bonnes pratiques de sobriété écologique, etc. En effet, la crise écologique transforme profondément les conditions de l’agir humain en même temps qu’elle questionne l’ensemble des mécanismes démocratiques. Elle impose d’« agir à temps », alors même que les connaissances pour fonder l’action ne sont jamais totalement disponibles, que les processus de décision restent souvent formatés par des conceptions de l’action environnementale dépassées par rapport à la réalité des enjeux, et que des visions catastrophistes prédéterminent l’horizon des possibles. Elle impose d’agir de manière globale et transversale, alors que l’appréhension des conséquences de l’action publique reste la plupart du temps sectorielle et nationale. Elle impose d’agir à la bonne échelle, à la fois locale et globale, alors que l’appréhension systémique à l’échelle globale conduit trop souvent à penser les solutions de manière descendante, en ne laissant que peu de marges de manœuvre aux choix politiques et à l’initiative locale ascendante. Elle impose d’agir en fonction d’horizons de long terme, alors que les processus politiques de décision restent profondément marqués par la durée du mandat électif et une conception de la représentation politique héritée du XIXe siècle.

Ces caractéristiques mêmes d’un agir efficace pour la transition écologique et énergétique posent des questions scientifiques spécifiques et inédites, en particulier en ce qu’elles impliquent de nouvelles pratiques de recherche associant chercheurs et acteurs de la transition, et la construction de savoirs en commun. Elles ouvrent pour l’action publique comme pour l’action citoyenne des débats scientifiques et politiques que le programme Cit’in entend approfondir. L’appel à manifestation d’intérêt lancé en septembre 2017 a reçu 53 réponses d’équipes de recherche en sciences humaines sociales et en sciences de l’environnement qui travaillent, ou envisagent de travailler, en particulier de manière coopérative avec les acteurs concernés, à ou sur des expérimentations démocratiques pour la transition écologique et énergétique. La réalisation du programme Cit’in entend faire travailler cette communauté de recherche en combinant :

  • Un atelier de réflexion prospective (19-20 octobre et 19-20 décembre 2017), avec les équipes ayant répondu à l’appel à manifestation d’intérêt, débouchera sur la production d’un agenda des recherches sur les expérimentations démocratiques pour la transition écologique ;
  • Un séminaire d’accompagnement 2018-2020 du programme, au rythme de 3 séances annuelles (février, juin et octobre), associera largement la communauté des chercheurs en sciences humaines et sociales et les acteurs de la transition écologique et énergétique, et facilitera le transfert des résultats des recherches vers l’action et les politiques publiques ;
  • La sélection et le financement de quelques projets de recherche visant à approfondir quelques-uns des thèmes dégagés par l’atelier de réflexion prospective. La durée des projets sera de 24 mois maximum, mi-2018 – mi-2020 ;
  • Un colloque final à l’automne 2020, largement ouvert sur le monde des acteurs de la transition écologique et énergétique ;
  • Un ouvrage final et un soutien à l’édition des travaux de recherche.

L'espace collaboratif sur les recherches en croisement des savoirs :

Si les recherches participatives se développent dans de nombreuses disciplines, rares sont celles qui organisent concrètement la participation des non-scientifiques tout au long du processus de recherche. Elles n’incluent généralement pas les plus éloigné·e·s de la parole publique. Le croisement des savoirs avec les personnes en situation de pauvreté constitue ainsi un double enjeu et une ambition épistémologique.

Le premier enjeu consiste à concevoir la recherche autrement, partant du principe que les formes de savoirs et d’expérience sont plurielles. Il s’agit de croiser les savoirs tout au long du processus de recherche, de l’élaboration de la question de la recherche à l’analyse et à la diffusion des résultats, en passant par le choix des objets d’étude, des hypothèses et méthodes d’enquête. Si la dimension démocratique, émancipatrice, d’une telle démarche semble évidente, sa dimension épistémologique doit être consolidée. En quoi la co-production de la recherche entre chercheur·e·s, professionnel·le·s, militant·e·s et profanes apporte des connaissances nouvelles ? Quelles exigences fait-elle peser sur l’exercice de la recherche ?

Le second enjeu, à la suite des épistémologies féministes ou post-coloniales qui ont souligné l’importance des savoirs situés, est la reconnaissance des savoirs des personnes en situation de pauvreté. Les recherches menées en croisement des savoirs par ATD Quart Monde depuis plus de vingt ans démontrent que la connaissance progresse si elle fait place au savoir issu de l’expérience de la grande pauvreté. Ce savoir est construit au sein d’une démarche collective. Parce que les savoirs des personnes en situation de pauvreté sont habituellement peu visibles, parce que leur reconnaissance questionne les liens entre production des savoirs et rapports sociaux inégalitaires, ces recherches posent des questions éthiques, scientifiques et pratiques aux chercheurs comme aux professionnels, militants et personnes en situation de pauvreté.

Sur ces enjeux cruciaux pour la science et la démocratie, le CNRS, ATD Quart Monde et le CNAM ont co-organisé un colloque le 1er mars 2017 intitulé « Recherches participatives avec les personnes en situation de pauvreté » (https://croisersavoirs.sciencesconf.org/). Suite à ce colloque, le CNRS souhaite confier au Gis, en partenariat avec ATD Quart Monde et le CNAM, un programme de recherches en croisement des savoirs dont la construction est en cours. L’objectif est double. Il s’agit d’une part d’initier un espace collaboratif d’un type nouveau, au sein duquel chacun·e pourra contribuer aux recherches et faire avancer la réflexion sur les questions d’ordre éthique, méthodologique et épistémologique que ce type de recherches soulève. Il s’agit d’autre part d’encourager l’expérimentation de recherches entièrement menées en croisement des savoirs entre des personnes en situation de pauvreté accompagnées d’associations, des chercheur·e·s académiques et des professionnel·le·s. Une telle démarche vise à initier des avancées dans les mondes de la recherche, de la formation et de l’action publique.