Photographie et film : antidotes à la domination politique ?

Sommaire du n° 3/2013 paru en décembre 2013

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Dossier

Photographie et film : antidotes à la domination politique ?

Dossier coordonné par Cécile Cuny et Héloïse Nez

Cécile Cuny et Héloïse Nez, « Introduction. La photographie et le film : des instruments de pouvoir ambivalents »

Anahi Alviso-Marino, « Soutenir la mobilisation politique par l’image. Photographie contestataire au Yémen »

Perrine Poupin, « Quand les manifestants s’emparent de la vidéo à Moscou : communiquer ou faire participer ? »

Romain Lecler, « Gauchir le cinéma : un cinéma militant pour les dominés du champ social (1967-1980) »

Laura Seguin, « Faire entendre la parole des citoyens par le recours au film. Analyse d’un panel de citoyens dans la gestion de l’eau »

Khedidja Mamou, « Photographie et film dans les projets urbains participatifs : mont(r)er l’image d’un habitant actif ? »

Varia

Clémence Bedu, « Procédure « mini-public » et eau potable, un couple imbuvable ? La délibération entre spontanéité, concession, glissement et discussion »

Lecture critique

Clément Mabi, « Inclusion des publics et matérialité des dispositifs participatifs (à propos des ouvrages : N. Marres, Material Participation : Technology, The Environnement and Everyday Publics ; L. Monnoyer-Smith, Communication et délibération. Enjeux technologiques et mutations citoyennes) »

 


Présentation du numéro

Ce dossier interroge le rôle de la photographie et du film dans la redistribution du pouvoir, à laquelle aspirent tant les dispositifs participatifs que les mouvements sociaux. La photographie et le film sont en effet aujourd’hui sollicités dans un nombre croissant de dispositifs participatifs (ateliers de photographie, balades urbaines, projets d’urbanisme participatif ou de community planning, etc.), à l’initiative des habitants ou des acteurs institutionnels1. Par ailleurs, les révolutions récentes dans les pays du Maghreb ou les mouvements des Indignés et Occupy en Europe et en Amérique du Nord ont montré que les images photographiques ou filmiques, produites par des professionnels s’engageant aux côtés des manifestants ou par les participants eux-mêmes, jouent un rôle central dans ce type de luttes, à travers des supports numériques d’enregistrement comme les téléphones portables et l’utilisation du web 2.0 pour la diffusion des images (Facebook, Twitter, YouTube, blogs, etc.). Comment interpréter le recours croissant à la photographie et au film dans ces situations ? Si l’on considère que la participation a pour enjeu une redistribution du pouvoir au sein des institutions politiques et sociales, ce recours signifie-t-il que la photographie et le film seraient à même de contrecarrer les effets de domination ? Quelles relations existe-t-il entre image et pouvoir ? Quel est le rapport entre la photographie et le film, d’une part, et les enjeux ou les conditions contemporaines de la participation, d’autre part ?

Le dossier soulève ces deux ensembles de questions à partir de l’analyse des dispositifs d’urbanisme participatif et des mouvements sociaux. Ce choix découle d’une conviction, partagée par ses auteurs et plus largement par la revue Participations, selon laquelle la participation institutionnalisée et les formes plus spontanées ou « bottom up » de participation doivent s’étudier de concert, en raison de leurs interactions et des transformations économiques, sociales, culturelles et politiques qui les configurent l’une et l’autre. Du fait de la place centrale accordée à l’image dans le champ urbain, l’examen des procédures participatives institutionnalisées porte plus spécifiquement sur des questions d’urbanisme. En analysant la manière dont la photographie et le film sont mobilisés dans les expériences d’urbanisme participatif et par les mouvements sociaux, le dossier montre que l’une et l’autre sont des instruments de pouvoir ambivalents : aux mains des élites, ces images réitèrent les rites sociaux qui consacrent leur pouvoir à travers la reconnaissance de leur supériorité intellectuelle, morale, statutaire, etc. ; appropriées par les groupes sociaux dominés, elles contribuent potentiellement à subvertir les hiérarchies et les ordres institués en agissant sur les représentations sociales du monde. Autrement dit, l’effet du pouvoir que ces images exercentdépend de leurs usages. À partir d’un état des lieux de la littérature, le dossier repère deux catégories d’usages de la photographie et du film dans la participation : ils servent à rendre visible l’invisible ou sont mobilisés comme supports d’identification. Ces considérations permettent de réfléchir à leurs usages analytiques dans un contexte scientifique.