Participer aux États-Unis : les town meetings

Sommaire du n° 1/2016 paru en décembre 2016

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Dossier

Les town meetings, mythe fondateur de la démocratie américaine

dossier coordonné par Paula Cossart et Andrea Felicetti

Paula Cossart, Andrea Felicetti et James Kloppenberg, « Introduction. Les town meetings, mythe fondateur de la démocratie américaine », Page 5 à 47

Xavier Blandin, « Note de traduction », Page 49 à 50

Caroline W. Lee et Laurent Vannini, « Les 21st Century Town Meetings dans les années 1990 et 2000 : assemblées délibérantes et marchandisation de l’authenticité politique dans une époque d’austérité », Page 51 à 82

Michael Zuckerman et Xavier Blandin, « Le mirage démocratique du town meeting américain », Page 83 à 102

David D. Hall et Laurent Vannini, « La démocratie délibérative dans le contexte des town meetings de la Nouvelle-Angleterre du XVIIe siècle », Page 103 à 122

Daniel R. Mandell et Xavier Blandin, « Les town meetings de Nouvelle-Angleterre et les populations indigènes : Stockbridge, Massachusetts, 1730-1775, Page 123 à 147

Sandra M. Gustafson et Camille Salgues, « Town meeting et race en Amérique », Page 149 à 173

Robert W. T. Martin et Camille Salgues, « “D’une manière pacifique et ordonnée”. Town meetings et assemblées populaires à l’époque de la fondation des États-Unis », Page 175 à 202

Frank M. Bryan, William W. Keith, James T. Kloppenberg, Jane J. Mansbridge, Michael E. Morrell, Graham Smith et Xavier Blandin, « Qu’apporte l’étude des town meetings à la quête d’une démocratie plus participative et délibérative ? », Page 203 à 220

Varia

Hicham Mouloudi, « Le projet d’aménagement de la vallée du Bou Regreg à l’épreuve de l’enquête publique et des délibérations communales », Page 221 à 257

Lecture critique

Romain Badouard, « Pluralisme, indépendance, diversité : peut-on encore « sauver les médias » ? », Page 259 à 271

 


Présentation du numéro

 

Les exigences d’une participation plus efficace à la politique démocratique sont en hausse. Penser que les réformes délibératives et participatives peuvent par elles-mêmes apporter une réponse à tous les appels à une démocratisation substantielle est probablement trompeur. Pourtant, il est juste de dire qu’au fil des années de grands espoirs ont été placés sur le développement de ces formes d’engagement comme un moyen de renforcer la démocratie et qu’une énergie substantielle y a été consacrée. Dans ce contexte, l’observation critique de la façon dont l’une des formes les plus anciennes et les plus inspirantes de participation démocratique a évolué au fil du temps est non seulement une entre­prise fascinante en soi, mais elle représente également une occasion unique de mieux comprendre dans quelle mesure et de quelles façons des pratiquess institutionnelles inspirées par des idéaux participatifs et délibératifs peuvent réellement soutenir – ou empêcher – la démocratisation de nos sociétés.

Le town meeting est une forme de gouvernement démocratique direct ou semi-direct, associé à la démocratie représentative, principalement utilisé dans le nord-est des États-Unis, depuis le XVIIe siècle : la plupart ou tous les membres d’une communauté se réunissent en son sein pour délibérer et légiférer sur les questions publiques, les budgets des administrations locales, etc. Pour reprendre les mots de Tocqueville (même si l’on verra qu’il faudrait nuancer) : « Dans la commune de Nouvelle-Angleterre, la loi de la représentation n’est point admise » (Tocqueville, 1835-1840, chap. 2). Ces assemblées ouvertes d’habitants constituent donc un organe décisionnel au niveau municipal : les citoyens d’une commune s’assemblent en un même lieu pour discuter et décider sur des ques­tions relatives à la communauté. Tout en tranchant les débats par le vote, les town meetings accordaient un rôle important à la discussion entre les membres de la communauté comme moyen de résoudre les problèmes politiques. L’expression town meeting a plus récemment été élargie pour couvrir d’autres sortes de réunions où les gens discutent de problèmes publics sans qu’il y ait pouvoir décisionnel. L’expression town meeting va jusqu’à être employéepour désigner une réunion électorale de petite taille, sans caractère officiel, où les participants peuvent poser des questions à un candidat. Mais la forme originelle,qui donne aux citoyens effectivement assemblés une partie du pouvoir dedécision, a perduré – avec des transformations, certes – dans certaines communesdu Vermont, New Hampshire, Maine et Massachusetts jusqu’à nos jours. Aussi, les town meetings occupent une place importante dans l’imaginaire politique démocratique, en plusieurs aspects comparable à celle occupée par le gouvernementde la cité de l’Athènes antique – un parallèle qu’on peut trouver dans divers écrits. Ils sont traditionnellement évoqués comme l’une des réalisations les plus complètes et anciennes de l’idée d’un gouvernement démocratique (Emerson, 1835) et de la délibération en pratique (Fiske, 1904, p. 94).

Le dossier rassemble six articles inédits qui abordent les town meetings de plusieurs points de vue. Cinq des six contributions se réfèrent principalement aux traditionnels town meetings de Nouvelle-Angleterre, encore sources d’ins­piration pour la pensée et l’expérimentation démocratiques contemporaines. Ainsi, David Hall discute finement de la question fondamentale du rôle joué par la religion dans les origines et l’évolution des town meetings – question souvent abordée dans la littérature sur ces assemblées. Michael Zuckerman propose quant à lui une riche analyse du contexte historique et social des communautés dans lesquelles se développèrent les town meetings. Il met alors en évidence qu’à l’origine des effets de démocratisation, il y a des questions de pure néces­sité, davantage qu’un intérêt pour les idéaux démocratiques. Robert Martin s’arrête sur le rapport existant entre les town meetings et d’autres formes de participation démocratique, en mettant notamment en relief certaines possibi­lités et limites importantes de ces assemblées au regard de la démocratisation de la communauté politique américaine naissante. Daniel Mandell observe les town meetings à partir d’un autre point de vue, celui des populations indigènes qui s’adaptèrent à cette forme de participation politique mise en place par les colonisateurs. Il examine avec précision la fonction ambiguë jouée par les town meetings de Nouvelle-Angleterre dans le processus qui mènera à l’assujettis­sement des populations autochtones. Sandra Gustafson analyse de près l’idéal de délibération des town meetings avec une attention particulière portée au rôle joué par un tel idéal dans la promotion de la lutte contre la discrimination et le racisme aux États-Unis. L’article de Caroline Lee quitte en revanche le passé pour proposer une étude approfondie des vicissitudes du 21th Century Town Meeting et du développement, ainsi que de la disparition, de l’une des organisa­tions qui a été pendant longtemps à la tête du processus d’expérimentation et d’innovation dans le domaine de la délibération : AmericaSpeaks.