n° 3/2012 : Ethnographies de la participation

Sommaire du n° 3/2012 paru en décembre 2012

Abonnez-vous

Dossier

Ethnographies de la participation

Dossier coordonné par Marion Carrel, Daniel Cefaï et Julien Talpin
 

Daniel Cefaï, avec Marion Carrel, Julien Talpin, Nina Eliasoph, Paul Lichterman, « Introduction. Ethnographies de la participation », pp. 7-48.

Mathieu Berger, « La démocratie urbaine au prisme de la communauté. Effervescence, emphase et répétition dans la vie civique à Los Angeles », pp. 49-77.

Héloïse Nez, « Délibérer au sein d’un mouvement social. Ethnographie des assemblées des Indignés à Madrid », pp. 79-102.

Pia V. Rius, « Les assemblées de desocupados dans la périphérie sud de Buenos Aires. Les ancrages du politique dans la vie quotidienne », pp. 103-127.

Hélène Balazard, « Mobiliser et mettre en scène des « leaders ». Les coulisses des assemblées démocratiques de London Citizens », pp. 129-153.

Julien Charles, « Comment la cartographie méconnaît les habitants. Le formatage de la participation dans une commune Belge », pp. 155-178.

Marion Carrel et Julien Talpin, « Cachez ce politique que je ne saurais voir. Ethnographie des conseils de quartier roubaisiens », pp. 179-206.

 

Varia

Jürgen Habermas, « La démocratie a-t-elle encore une dimension épistémique ? Recherche empirique et théorie normative , pp. 209-230.

 

Lecture critique

Emanuel Bertrand, « Pétrole, OGM, nanotechnologies : quels enjeux démocratiques ? », pp. 233-246.


Présentation du n°

Dans le contexte d’un renouveau de l’ethnographie du politique, ce numéro propose un ensemble d’enquêtes ethnographiques sur des terrains ayant trait à la participation. L’enjeu de ce numéro n’est pas seulement méthodologique. Les ethnographies de la partici­pation interrogent les frontières mêmes de la participation, en parallèle aux frontières du politique. Elles invitent à explorer, au-delà des dispositifs identifiés comme participatifs, les sciences citoyennes, les pratiques électroniques, les conversations ordinaires ou les mobilisations collectives. Restreindre la focale aux seuls dispositifs institutionnels aurait été contraire à la perspective ethnographique, qui suppose une indétermination initiale de l’objet étudié.

Le choix des coordinateurs du numéro (Marion Carrel, Daniel Cefai et Julien Talpin) permet ainsi de prendre en compte, à côté de la participation aux affaires publiques par des canaux offi­ciels, des modes de participation spontanée à des mobilisations collectives et tout un registre de pratiques de participation qui passent souvent inaperçues, soit parce qu’elles relèvent des « épreuves de vigilance » d’une « petite politi­que », à « bas bruit », soit parce qu’elles engagent des modes d’intervention peu argumentés, que l’on retrouve du reste à d’autres moments historiques (voir Participations n°2/2012). Ce seul déplacement fait bouger les contours habituels de la catégorie « partici­pation », telle qu’elle est mise en œuvre en philosophie politique et en science politique. C’est bien vers quoi, en France, la transdisciplinarité de la revue Participations et du GIS Démocratie et Participation nous a déjà engagés.

Les ethnographies de la partici­pation rendent compte de la multiplicité des rôles de participation, des modes d’engagement dans des assemblées et des styles organisationnels d’associations. Elles accompagnent les moments d’émergence d’une participation imprévisible, non programmée, et procèdent à la filature de réseaux et de processus dispersés dans l’espace et dans le temps. Elles docu­mentent la question de l’acquisition de capacités politiques, éclairent le sens  des refus de participer et renseignent sur l’infra- ou le proto-politique, quand la participation est politique sans l’être.

Ce dossier rassemble six articles ayant fait le pari d’une ethnographie de la participation dans six pays différents : Argentine, Belgique, Espagne, États-Unis, France et Grande Bretagne. La palette de cas vaut pour invitation à aller plus loin dans l’exigence de comprendre les processus de participation à partir d’enquêtes fondées sur l’observation et sur la description, de rendre compte préci­sément de ce qui se passe à l’échelle locale, de la complexité et de la richesse des situations de participation telles qu’elles se font et de l’expérience qu’en ont les participants, avec ses innovations, ses ambiguïtés et ses paradoxes.