n° 2/2013 : Critique de la participation et gouvernementalité

Sommaire du n° 2/2013 paru en octobre 2013

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Dossier

Critique de la participation et gouvernementalité

Dossier coordonné par Guillaume Gourgues, Sandrine Rui et Sezin Topçu
 

Guillaume Gourgues, Sandrine Rui et Sezin Topcu, « Gouvernementalité et participation. Lectures critiques »

Pierre Sauvêtre, « La problématisation de la participation à travers l’histoire de la gouvernementalité »

Sandrine Rui, « “Où donc est le danger ?” Espace public et usages de Foucault »

Luigi Pellizzoni, « Une idée sur le déclin ? Evaluer la nouvelle critique de la délibération publique »

Doris Buu Sao, « “Perúpetro est ton ami” : un gouvernement des contestataires en Amazonie péruvienne »

Alicia Márquez Murrieta, « Quand participation rime avec institutionnalisation. Société civile, santé reproductive et critiques féministes au Mexique »

John Clarke, « L’enrôlement des gens ordinaires. L’évitement du politique au cœur des nouvelles stratégies gouvernementales ? »

 

Varia

Rémi Lefebvre, « L’introuvable délibération. Ethnographie d’une conférence citoyenne sur les nouveaux indicateurs de richesse »

 

Lecture critique

Juliette Roussin, « Délibérer à l’épreuve de la démocratie » (à propos des ouvrages : Jürg Steiner, The Foundations of Deliberative Democracy : Empirical Research and Normative Implications, Cambridge University Press, 2012 ; Jane Mansbridge, John Parkinson (dir.), Deliberative Systems : Deliberative Democracy at the Large Scale, Cambridge University Press, 2012).

 


Présentation du numéro

Comment proposer une analyse critique des dispositifs participatifs et délibératifs suffisamment objective et à distance de toute approche normative ? Une telle posture est-elle seulement envisageable ? Est-elle-même souhaitable, tant il paraît vain de se placer dans un en-dehors démocratique ? Et comment alors faire la critique de l’offre publique de participation sans verser dans la « haine de la démocratie » (Rancière, 2005) ?

Les recherches empiriques et/ou théoriques concernant le « fait participatif », quelle que soit la discipline, affrontent ces questions relatives à la posture à adopter. Ainsi, au-delà des théories normatives qui l’ont accompagné, le développement au concret de l’offre publique de participation s’est accompagné du déploiement d’une critique de différentes factures, visant tant ses principes, ses traductions pratiques que ses usages.

Le présent dossier entend explorer la question de la posture critique en interrogeant plus spécifiquement la portée de travaux et de cadres analytiques qui convergent vers l’idée d’un « gouvernement par la participation ». Le survol de la variété des traditions d’analyses que nous regroupons ainsi permet, comme on va le voir, de souligner l’ancrage important d’une posture de dévoilement (1), mais aussi de rappeler que cette critique savante rejoint une critique sociale non moins affûtée. Aussi, les voies d’analyse qui intègrent ces capacités de mise à distance des acteurs sociaux sont de nature à proposer une critique de la participation qui ne soit ni surplombante ni partielle (2). Partant du constat de la place devenue centrale de la participation pour l’action publique et collective, notre argument conduit alors à interroger la pertinence d’une lecture en termes de « gouvernementalité » (3), qui pourrait enrichir l’analyse de la démocratie participative en s’intéressant notamment aux controverses et tensions entourant sa mise en œuvre, et ce sans sur-interpréter les effets de pouvoir ni « tiédir » la portée critique des analyses. Pour le dire d’une formule : ce dossier propose de sortir d’une posture critique « externe » de la participation, menée selon le ressort de la démystification, pour nous engager dans une analyse des tensions critiques soulevées par l’avancée de la démocratie participative, en vue de saisir plus finement, sans naïveté ni sarcasme, les mutations des « manières » de gouverner à l’époque contemporaine.