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Gouvernance urbaine et participation (Maghreb & Sénégal)

 

 

LE TELLIER Julien
et IRAKI Aziz (coord.)


Habitat social au Maghreb et au Sénégal, Gouvernance urbaine et participation
en questions

 
Paris, L'Harmattan,
coll. Habitat et Société, 2009.
 
 
 

Note de lecture réalisée
par Gaëlle Bigler-Capmas



L'ouvrage Habitat social au Maghreb et au Sénégal, Gouvernance urbaine et participation en questions est un ouvrage collectif qui complète un séminaire  de recherche « Habitat social et durable : regards croisés Maghreb - Sénégal » qui a eu lieu à Rabat, en juin 2008.  Il regroupe les interventions de chercheurs  de différentes disciplines ; qu'ils soient économistes, géographes, urbanistes et/ou sociologues  : Claude de Miras,  Isabelle Guérin, Laurent Fraisse, Madani Safar Zitoun, Sid-Ahmed Souiah, Fouzia Bendraoua, Joseph Roy (pseudonyme), Julien Le Tellier (coordinateur), Aziz Iraki (cordinateur), Morcheb Chabbi, Sérigne Mansour Tall, Olivier Toutain et Papa Babacar Diouf.

Pour contextualiser cet ouvrage, il est intéressant de signaler qu'il s'inscrit dans la filiation du projet « La démocratisation de la solidarité et des pratiques économiques comme mode de développement durable », approche internationale comparative cofinancée par le Ministère de la Recherche et l'Institut pour la Recherche de la Caisse des Dépôts (2005-2008).

La volonté des coordinateurs de cet ouvrage a été de faciliter les  comparaisons entre les politiques du (re)logement et des dispositifs d'ingénierie sociale en Algérie, au Maroc, en Tunisie et au Sénégal. La confrontation de ces différentes études devant permettre de questionner les notions de gouvernance urbaine et de participation dans le domaine de l'habitat. Il y a donc des descriptions détaillées des systèmes mis en place dans ces différents pays.

La réflexion sur la gouvernance est appliquée dans un champ très spécifique, celui de la résorption de l'habitat précaire au Maghreb et au Sénégal. Il apparaît, à la lecture de ces chapitres, que la gouvernance telle qu'elle a été pensée par la Banque Mondiale, dans le cadre du  Programme de résorption de l'habitat précaire de 1997, peine à s'appliquer aux systèmes étudiés. Différents autres facteurs doivent être pris en compte dans l'analyse des instruments d’ingénierie sociale, je pense notamment aux systèmes de solidarité traditionnels et aux « arrangements ». La participation, dans ce cadre précis, est plutôt définie comme une participation financière des personnes bénéficiant d'un relogement. Cet ouvrage est très spécifique, directement lié aux problématiques de résorption de l'habitat précaire au Maghreb et au Sénégal. Il intéressera donc particulièrement les chercheurs cherchant des informations précises sur l'application (et l'applicabilité) de deux programmes de la Banque Mondiale et de la GTZ : le Programme de résorption de l'habitat précaire (1997) et le Programme de réhabilitation participative des ensembles d'habitat collectif (1998).

Je conseille aux non-spécialistes de ce champ de recherche la lecture du premier chapitre '"La gouvernance urbaine à l'épreuve des développements. Contribution à une réflexion inédite" par Claude de Miras) car il a une portée plus théorique. L'auteur met en avant ce qu'il nomme les trois zones grises :

  • tout d'abord la « gouvernances en miettes » : il souligne le contraste entre la pérennité et la puissance du paradigme et la volatilité, la dispersion et l'étanchéité des dispositifs locaux.
  • Une deuxième zone grise est l'écologie politique de la gouvernance. Il y a selon l'auteur pas assez d'approche heuristique de cette notion.
  • La troisième zone grise concerne les liens entre niveaux de développement et gouvernance :   la gouvernance peut-elle être considérée comme un moyen ou comme un but ? Claude de Miras formule ainsi la question qu'il juge centrale : « La gouvernance correspond-elle à un moment de maturité des sociétés, de leur développement économique et de leur niveau de démocratie, ou bien, à l'inverse, la gouvernance est-elle un moyen d'accélérer de manière volontariste l'accès à l'un et l'autre, en particulier dans les contextes nationaux en voie de développement et de démocratisation ? »

Le chapitre de conclusion permet, quant à lui, de prendre du recul par rapport à des conditions nationales, je conseille donc sa lecture avant de se pencher sur les détails  pays par pays.

 

 
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