Communications de la journée doctorale. Résumés

Session 2. 12h00-14h00 : 3 ateliers en parallèle

 

Atelier 1-2 : La construction des enjeux de rénovation urbaine

Discutants : Catherine Neveu (IIAC-CNRS, EHESS Paris) et Tommaso VIitale (CEE-Sciences Po)
 

Kaduna-Eve DEMAILLY


La ville est composée d'espaces bâtis, d'espaces verts, de cours d'eau et de friches que l'on appelle le délaissé urbain. Cet espace autrefois marginalisé est désormais envisagé comme un support de participation des citoyens à la production de territoires urbains. Un tiers des jardins partagés, apparus à Paris à la fin des années 1990, a été installé sur des délaissés constituant une valorisation majeure de ces espaces en creux. Gérés par les habitants, regroupés en association, ils sont encadrés par la Municipalité dans le cadre du Programme Main Verte. Mais, dans quelle mesure le jardinage des délaissés par les citoyens permet-il la constitution de nouveaux territoires urbains coproduits? Et l'investissement dans ces projets traduit-il une implication des habitants dans la vie politique du quartier et de la Cité ? Cette étude, débutée en 2009, s'appuie sur l'emploi de techniques d'enquêtes sociologiques et est centrée sur les délaissé jardinés de l'est parisien. L'objectif de cette communication est double : dégager le rôle des habitants dans la production de l'espace urbain et dans les processus décisionnels ; analyser le délaissé jardiné comme potentiel catalyseur de participation des citoyens à la vie politique locale par l'étude des dynamiques d'entre-soi et d'entregent.
 

Caroline LEJEUNE

CERAPS / Université Populaire et Citoyenne

Au versant nord-est de la métropole lilloise, la zone de l'Union, ancien espace industrialisé, a été marqué d'une crise territoriale sans précédent. L'ampleur de la crise a traumatisé le territoire et sa capacité de rebondir. Une succession de projet s'est présentée sans pour autant être en mesure de définir un projet de territoire cohérent. La labellisation « durable » du territoire contribue à lancer un nouvel élan de cohérence d'aménagement urbain. Comment saisir l'usage de l'argument écologique, dans les opérations d'aménagement et les stratégies militantes ? La communication s'attachera à montrer comment s'effectue la recomposition des logiques participatives autour de l'enjeu écologique. La spécificité de cet enjeu contribue à modifier les perspectives temporelles du projet. Très souvent, relégué au second plan des politiques d'aménagement (social, économique),  nous verrons comment la négociation de l'enjeu permet une reformulation du projet entre les inégalités sociales et les inégalités écologiques et que la convergence de ces notions permet de questionner les procédures délibératives choisies ainsi que les perspectives du projet.
 

Khedidja MAMOU

LAVUE, Université Paris X

En partant de l'analyse croisée de dispositifs participatifs autour de projets urbains en Région Île-de-France, nous proposons de centrer notre regard plus particulièrement sur les outils de la participation dans des conditions d'échanges situés, en « face à face ». À travers une observation des techniques d'animations adoptées par différentes équipes, dans le cadre de réunions de travail en groupe et/ou d'ateliers urbains participatifs, nous analyserons le type et la qualité des échanges qui s'y déroulent. Dans un premier temps, nous verrons comment la pluridisciplinarité des équipes met à jour des formes de « cohabitations forcées» en interne, interrogeant la notion d'expertises croisées. Dans un deuxième temps, nous analyserons les outils/supports utilisés par ces différentes équipes en centrant notre intérêt sur l'expérimentation de supports en direct, laissant entrevoir des pratiques non encore stabilisées et des positionnements divers. Nous verrons enfin comment les dispositions spatiales (qu'elles soient organisées ou non) influent sur la qualité des échanges, révélant des dispositions des acteurs à faire émerger des prises de parole.
 

Constanza M. ULRIKSEN


Dans les dernières décennies, une des priorités des gouvernements chiliens a été de réduire le déficit de logements. Il a eu des progrès significatifs, mais la qualité a atteint une crise. En conséquence, l'administration Bachelet (2006-2009) a crée la Nouvelle politique du logement et d'amélioration de la qualité et l'intégration sociale, y compris le premier programme de réhabilitation des quartiers défavorisés, Quiero mi Barrio, qui exige un nouveau rôle à la société civile : elle crée la figure du Conseil du quartier pour le développement (CVD).
Dans ce contexte, quel est le rôle des organisations de la société civile (OSC) dans la réhabilitation des quartiers au Chili ? L'hypothèse est que la construction de ce rôle a une entrée double : top-down, ou venant de la politique publique ; et bottom-up, ou venant de la même société civile au niveau du quartier. Plus spécifiquement, nous nous intéressons à observer comment les modèles d'État français et américaine, qui sont très présents et en conflit permanent au Chili lors de la formulation des politiques publiques, affectent la formulation de cette politique urbaine et ses stratégies de participation.
Dans une première étape d'étude, nous relevons le rôle des OSC à partir d'une approximation top-down : des informants clefs qui ont participé à la formulation de cette politique, nous transmettent leurs appréciations sur la participation, l'empowerment, l'influence des modèles étrangères en la construction de cette politique, ainsi que ses impressions autour la figure du CVD. Dans une deuxième étape d'étude à venir, nous relèverons le rôle des OSC à partir d'une approximation bottom-up : des études de cas de deux quartiers à Santiago, nous permettra d'observer quel est le rôle effectif des OSC dans la rénovation de quartiers, quelles sont les configurations de participation autour de la rénovation, et comment-elles interagissent.


Atelier 2-2 : Les conceptions de la participation dans les dispositifs

Discutants : Loïc Blondiaux (CESSP, Université Paris I) et Joan Font (IPP-CSIC, Cordoba)
 

Romain BADOUARD

COSTECH, Université de Technologie de Compiègne

Au début des années 2000, en décidant d'héberger ses consultations permanentes sur une plateforme web, la Commission Européenne ouvre ses procédures consultatives à de nouveaux acteurs. Si celles-ci constituent historiquement un espace de participation pour les organisations de la société civile et les groupes d'intérêt, leur mise en ligne s'accompagne d'une implication accrue de citoyens "ordinaires", qui viennent y côtoyer des ONG, des groupements professionnels, et des institutions. La rencontre de ces différentes catégories d'acteurs au sein d'un même espace de participation permet-elle de renforcer les "publics généraux" constitués par l'ensemble des citoyens ? Rien n'est moins sur, tant le modèle porté par la plateforme valorise une participation individualisée, en interdisant les interactions entre les acteurs et en les catégorisant selon leur « nature » (individus, organisations de la société civile, autorités publiques).
Cette communication se propose d'étudier les formats de médiation et de participation portés par une plateforme institutionnelle, en sortant des limites du site en lui-même afin de suivre les différents publics dans les arènes au sein desquelles ils interagissent et construisent des décisions collectives. L'étude des formes de participation à l'échelle européenne révèle ainsi des  dynamiques complexes et inédites, dont l'intérêt dépasse le périmètre des études européanistes. Elle permet de mettre à jour des modèles de communication et de collaboration originaux, dans lesquels s'investissent des acteurs variés, afin d'influencer via différents canaux les décisions de la Commission.
 

Hélène BALAZARD


London Citizens est une «Broad Based Community Organisation» alliant des institutions religieuses, universités, écoles, syndicats et groupes communautaires à travers Londres. Depuis 1996, elle organise des campagnes dans différents domaines comme le logement, l'emploi, la pauvreté, la sécurité, l'environnement et l'immigration. London Citizens est progressivement reconnue comme un acteur de la gouvernance de Londres, voire du pays. L'organisation cherche à professionnaliser son activité tout en restant proche de ses membres. Mais depuis l'élection d'Obama, qui a commencé sa carrière politique comme organisateur des communauté à Chicago, le label « community organizing » est convoité. En 2010, un élément clé du programme de David Cameron intitulé « Big Society » est la formation de « community organizers ». Cette communication propose d'analyser le mécanisme de cette professionnalisation, ses conséquences et ses enjeux. Il étudiera l'interaction entre Citizens UK et la politique de la « Big Society ». Le terme « community organizing » est devenu ambivalent tant du fait de ses origines intellectuelles aux Etats Unis, que de l'intérêt actuel envers le modèle d'action sociale et de mobilisation des citoyens qu'il désigne.
 

Célia GISSINGER


Nous nous proposons de prendre comme point de départ une question posée lors de notre intervention aux premières journées doctorales sur la participation du public et la démocratie participative à Lyon, les 27 et 28 novembre 2009. Notre communication portait alors sur les effets de la participation chez les jurés populaires. Le discutant de notre atelier, Yannis Papadopoulos, nous avait posé une question qui semble particulièrement pertinente : en quoi la participation des jurés d'assises relève-t-elle de la démocratie participative ? À partir de cette question, aussi évidente qu'incontournable, nous proposons donc un travail réflexif quant au sens attribué à la démocratie, à la participation et à la citoyenneté.
À partir de cette question, nous souhaitons développer un élément qui lie tout particulièrement le jury populaire et la démocratie participative : la faculté de juger comme compétence démocratique. Notre intension est donc de proposer, à titre hypothétique, un parallèle entre le terrain de la participation citoyenne et des jurys populaires, afin de questionner les modalités de fonctionnement de la démocratie participative.
Pour cela, nous présenterons la problématique que sous-tend cette question, en réinterrogeant les notions de participation, de démocratie et de citoyenneté. Nous replacerons également cette problématique dans son contexte actuel, avant de la mettre en lien avec le terrain des jurés d'assises. Nous présenterons enfin un élément qui nous semble fondamental dans un processus de démocratie participative : la prise de décision.
 

Antoine VERGNE


Depuis une quarantaine d'années se développe de manière parallèle un ensemble de travaux théoriques sur le tirage au sort et d'expériences pratiques reposant sur cette méthode de choix aléatoire. Si les deux mouvements ont longtemps ignoré leur existence mutuelle, ils sont aujourd'hui grandement liés et la question de l'interaction entre théorie et pratique se pose avec force. On se propose de tester les attentes formulées dans une partie des textes théoriques par le biais de l'analyse comparative de 27 expériences de mini-publics. L'étude révèle que si la plupart des attentes sont réalisées, elles le sont dans un cadre extrêmement réduit, ce qui pose la double question de l'interface entre mini-public et maxi-public et des conditions de réalisation de la théorie.


Atelier 3-2 : Le web, outil de participation

Discutantes : Fabienne Greffet (IRENEE, Univ. Nancy II) et Isabelle Pailliart (GRESEC, Univ. Grenoble III)
 

Julie MARLIER


Comment les associations locales s'approprient-elles les Technologies de l'Information et de la Communication (TIC) pour participer aux projets d'aménagement du territoire ? Dans le cadre de la concertation sur le Plan de Déplacement Urbain de l'Agglomération de Montpellier, une Recherche-Action-Participative a été menée avec des associations locales pour concevoir un dispositif participatif en ligne « bottom-up », adapté à leurs besoins. L'analyse des usages de ce dispositif montre que les associations ont principalement utilisé les outils en ligne pour créer un réseau local, pour coordonner leurs réunions en face à face (Google Groupes) et pour co-écrire un document de proposition collectif (Mediawiki). Cependant, malgré l'enthousiasme des participants pour ces nouveaux outils, certains ont rencontré des difficultés d'appropriation ayant conduit à une moindre égalité de la participation. Ainsi, l'usage des TIC a permis de faciliter la collaboration dans l'espace public local entre associations et citoyens, qui sont désormais amenés à reconfigurer leurs rôles dans des arènes ouvertes à la participation.
 

Jean-Christophe PLANTIN


Cette intervention a pour but d'interroger les pratiques participatives en ligne à l'aune du concept de réflexivité. Cette notion nous semble en effet à même d'alimenter la réflexion sur la participation en ligne en nous permettant de dépasser un débat réduits à un affrontement entre enthousiastes et critiques. Après avoir présenté la notion de réflexivité chez Ulrich Beck et prolongée par Scott Lash, nous tenterons de la croiser avec les reconfigurations de la participation sur Internet : pour ce faire, nous nous concentrerons sur un objet particulier, la cartographie numérique, et un cas d'étude précis, les pratiques de radiation alternative en ligne après la catastrophe de Fukushima. À travers une analyse techno-sémio-pragmatique du corpus des cartes de radiation et d'entretiens avec les créateurs de ces cartes, nous espérons montrer tout d'abord que les pratiques cartographiques mettent l'emphase sur la dimension culturelle et esthétique de la prise en compte du risque par le public, deux notions clé de la réflexivité selon Lash ; nous montrerons ensuite que ce cas d'étude peut contribuer à l'étude des reconfigurations de la pratique participative en ligne à travers la culture numérique.
 

Anaïs THEVIOT


Au-delà des espaces traditionnels d'échanges (réunions de section), des lieux de communication virtuels offrent, depuis peu, la possibilité aux adhérents des partis politiques de prendre la parole en ligne. Le 12 janvier 2010, le réseau social du Parti socialiste (PS), la Coopol (ou Coopérative politique) se fait connaître du grand public.
Ce nouvel outil participatif  permet-il de s'affranchir de l'organisation territoriale classique du PS ? La Coopol est-elle un outil de participation, voire de collaboration efficace entre militants à diverses échelles territoriales ? Ouvre-t-elle la voie à une organisation moins hiérarchisée et plus horizontale du PS ?
 

Fanny VERRAX

REEDS, Université Versailles Saint Quentin  / SVT, Université de Bergen

Cette communication vise à présenter un projet de site participatif développé dans le cadre de ma thèse, sur la question des enjeux éthiques et politiques de la gestion des ressources minérales, et plus particulièrement d'un type de métal appelé les terres rares. Le projet « Sustainable Scenarios » est né de deux constats : le potentiel du Web en termes de participation citoyenne, et la pertinence particulière de la participation sur les questions environnementales. Après avoir présenté la structure du site et son contenu, la communication s'attachera à interpréter les résultats en termes de participation, dans l'espoir de dresser des conclusions potentiellement utiles pour des projets de sites similaires. Trois observations feront l'objet d'une attention particulière : un taux de participation très faible, le fait qu'environ la moitié des participants ait disparu entre chaque étape du projet, et finalement la difficulté de faire revenir les participants sur le site sur le long terme, mettant en péril la possibilité-même d'un vrai débat.
 

Session 3.    15h00-16h30 : 4 ateliers en parallèle >>>>