Communications de la journée doctorale. Résumés

Session 1
9h30-11h30 : 3 ateliers en parallèle


Atelier 1-1 : La construction d’enjeux environnementaux par la participation

Discutants : Denis Salles (IRSTEA, Bordeaux) et Sezin Topçu (Institut Marcel Mauss-CNRS, EHESS Paris)
 

Consuelo Biskupovic et Barbara Morales Aguirre

IRIS-EHESS et Universidad de Chile / IIAC-EHESS
 
À partir de deux enquêtes ethnographiques menées au Chili, nous aborderons la manière dont deux associations engagées dans la défense de l’environnement créent leurs propres formes participation à l’échelle locale. Dans le sud, à Valdivia, « Action pour les cygnes » (« Acción por los cisnes »)  cherche à protéger une zone humide polluée. A Santiago, le « Réseau citoyen pour la défense de la Précordillère » (« Red ciudadana por la defensa de la Precordillera »), vise la protection d’une «  forêt autochtone » dans la Précordillère des Andes. Outre leurs tentatives de participation au sein d’instances décisionnelles, les membres mettent en place différentes formes de dénonciation et de revendication. Nous mettrons la focale sur la manière dont les membres revendiquent des droits (liés à l’environnement et à la participation), publicisent leurs demandes et font perdurer l’action collective malgré le peu de moyens et de membres. Cela implique d’être toujours vigilant face aux actions des autorités ou des entreprises impliquées, assurer le maintien en vigueur des causes et accuser ou identifier publiquement les « responsables » des dégâts existants ou potentiels. En ce sens, nous affirmons que ces façons de « défendre l’environnement » font émerger une critique citoyenne, localisée et particulière, contre les processus décisionnelsqui – la plupart des fois – n’engagent que les autorités et les entrepreneurs, excluant les citoyens.
 

Jone Martinez Palacios

Parte Hartuz- Universidad del País Vasco
 
Cette communication expose les effets socio-culturels, politiques et institutionnels de la participation par irruption et par invitation dans huit casses d´analyse de conflits socio- environnementaux développés en Espagne (concrètement en Catalogne et au Pays basque) entre les années 2000 et 2007. Plus concrètement, on analyse les changements qu´on eu lieu dans les éléments de la crise de la démocratie après l´application de processus et dynamiques participatives introduits dans les contextes de conflits socio environnementaux. C’es a dire, on examine : les relations et les attitudes entre les citoyennes, la création de nouveaux groups et associations, le changement vers une nouveau manière de gérer les intérêts communes, l´influence sur les citoyens par rapport à l´attitude des acteurs politiques et des partis politiques, l´impact sur la dénaturalisation du monopole politique institutionnel et l´impacte sur la légitimation du pouvoir après les processus et mécanismes participatives mis en fonctionnement.
 

Clément Poutot

CERReV, Université de Caen
Traitement social de l’encombrement : co-construction à partir du Théâtre Législatif
 
Outil de démocratie participative, le théâtre législatif fut inventé dans le courant des années 1990, lorsque Augusto Boal fut élu à la chambre des Vereadores à Rio de Janeiro. Au lieu de se contenter de représenter le peuple, Boal amena les citoyens à représenter sur scène leur volonté de changement. En tant qu’élu il fit remonter l’expression de cette volonté afin qu’elle soit transformée en projet de loi. Depuis de telles expériences ont eu lieu en Angleterre au Portugal et en France, malheureusement, celles-ci n’ont pas bénéficié d’une évaluation permettant de pérenniser cette pratique.
 Dans le cadre d’une recherche en cours sur le traitement social de l’encombrement en lien avec  les styles de vie alternatifs, un dispositif analogue va être mis en place en 2012. Ce dispositif fait suite à une enquête sociologique sur l’itinéraire menant l’objet matériel au statut de déchet au sein des ménages en transition et ordinaires. Les résultats de cette enquête seront utilisés afin de construire les scènes de théâtre législatif qui impliqueront différents représentants de la société civile (élus ; techniciens et citoyens). C’est la méthodologie de ce dispositif que nous souhaitons présenter.
 

Maïmouna Traoré

ICOTEM, Université de Poitiers
 
À Ouagadougou, capitale politique du Burkina Faso, l’avènement de la démocratie à partir des années 1990 a été marqué par la volonté d’impliquer les différents acteurs de la vie urbaine, notamment les citoyens dans la gestion de la cité. Cette volonté a été renforcée par la réorganisation de la filière de gestion déchets via l’application d’un Schéma Directeur de Gestion des Déchets et l’adoption du principe du pollueur-payeur.
Malgré de telles initiatives, certains endroits de la ville de Ouagadougou continuent d’être le théâtre de décharges spontanées. Afin de comprendre pourquoi les déchets restent présents dans des endroits où « ils ne sont pas à leur place », nous nous sommes intéressée à la façon dont les citadins participent à la prise en charge de l’espace urbain.
Sur la base de la revue de littérature et de l’analyse des données recueillies, nous avons pu constater que les difficultés liées à la gestion des déchets reposent sur des divergences de conception de la citoyenneté. Autrement dit, à Ouagadougou, la gestion des déchets pose problème parce que les logiques des décideurs/aménageurs ne coïncident pas avec les logiques d’une partie de la population.
 

Atelier 2-1 : La participation comme projet politique alternatif

Discutants : Éric Pautard (LIED, ISH-CNRS Lyon) et Julien Talpin (CERAPS, CNRS-Lille 2)

Daroussi AHAMADI

CREGUR, Université de La Réunion
 
Partant du postulat que chaque société détient son mode et sa manière de vivre « sa propre citoyenneté » et que ce concept est une affaire géographico-historique, c'est-à-dire, une question d'espaces et de temps, nous reconnaissons que la société civile mahoraise de naguère, avec ces traits spécifiques et traditionnels, mettait en pratique de multitudes formes « de participation », en créant des facteurs importants pour le maintien paisible de la cohésion sociale. Ces multiples formes de participation trouvent leur fondement dans de polarités diverses, notamment la religion musulmane, les traditions africaines puis malgaches et autres. Ces repères permettent aux communautés des femmes et des hommes d'agir ensemble pour l'intérêt de plus grand nombre de la population.
Les mutations que connaît Mayotte depuis une quarantaine d'année dans tous les domaines de la vie bouleversent et bousculent les mentalités de jadis et s'accompagnent naturellement des transformations qui touchent les formes de « participation traditionnelle » de la population citée ci-dessus. Ainsi, nous assistons à un passage d'une société civile actrice de sa propre vie, à une société civile observatrice et spectatrice de sa destinée, transformée dans les mains d'une nation très développée technologiquement et économiquement.
Face à cette dichotomie entre la tradition et la modernité, s'appuyant sur la recherche scientifique en sciences humaines et sociales, notamment en géographie humaine, nous souhaitons relever un grand défi, celui d'explorer des idées innovantes pour proposer de nouvelles issues afin de vivifier « la participation » comme au beau vieux temps dans le contexte des réalités de la société actuelle.
 

Mila IVANOVIC


Au terme de 12 années d'une expérience idoine, la « Révolution Bolivarienne », née de l'apparition d'Hugo Chavez sur la scène politique vénézuélienne, remet au goût du jour l'idéal de la démocratie participative consacrée par la théorie sociale des années 1970. L'objet de notre réflexion s'engage dans plusieurs directions : quels effets produit la « situation révolutionnaire » sur le travail ethnographique accompli durant plusieurs années dans des quartiers populaires de la capitale ? Dans quelle mesure les études existantes sont le reflet d'une évaluation clivée qui ne porte pas suffisamment attention à l'impact du contexte politique sur la production académique ? Enfin, que donne à penser l'examen de la situation vénézuélienne au regard de la théorie de la démocratie participative ? J'échafauderai une série d'hypothèses à partir de mes propres résultats d'enquête, en prenant soin d'évaluer en quoi la démocratie participative passe en arrière-plan du découpage analytique au profit d'un regard à courte vue tantôt très politisé, tantôt très quantitatif ou au contraire trop microsociologique. L'évolution de mes propres recherches me permettra de tirer un certain nombre de conclusions quant à la difficile tâche du sociologue politique aux prises avec un modèle politique alternatif.
 

Lays Helena PAES E SILVA et Lidiane Eluizete DE CARVALHO

Centro de Estudos Sociais, Universidade de Coimbra
Droit ou Justice de l'environnement ? Le cas du Brésil

La nature complexe et transdisciplinaire de l'environnement permet aux mouvements et aux luttes environnementales de s'articuler en fonction des préoccupations de la société civile. Le combat se fonde donc sur une citoyenneté environnementale et se structure à travers l'utilisation contre-hégémonique de l'état de droit et des pratiques de démocratie participative. Dans ce contexte, les pratiques démocratiques qui caractérisent les propositions du droit de l'environnement sont cohérentes avec les propositions défendues au nom de diverses luttes pour l'émancipation sociale. L'émergence et le développement du mouvement pour la justice environnementale est l'exemple paradigmatique de ce phénomène d'articulation. Dans le contexte brésilien, il permet d'analyser aussi bien le lien entre société et environnement que le rôle joué par le droit et la démocratie participative au sein de ces relations. Cet article se propose de décrire le développement du mouvement pour la justice environnementale au Brésil et sa relation avec l'usage contre-hégémonique du droit pour identifier les possibilités générées pour favoriser l'émergence d'un état démocratique du droit de l'environnement.
 

Federico TARRAGONI


Notre intervention essaie de reconstruire l'écologie d'un nouveau public politique émergeant à la confluence d'une double transformation des structures politiques au Venezuela contemporain : d'un côté le tournant « populiste-révolutionnaire » qui a suivi l'élection de Chávez au pouvoir en produisant une nouvelle dialectique Peuple-Pouvoir ; de l'autre, le tournant « participatif » amorcé avec la constitutionnalisation d'un ensemble de dispositifs de la « démocratie directe, populaire, participative et protagoniste » chargés de la délocalisation de l'action publique en matière de politique sociale, de planification urbaine, d'assainissement, de politique culturelle, et récemment investis de la mission d'implanter le « socialisme du XXIe siècle » (les Consejos comunales de planificación pública). Ce nouveau public politique se constituant à travers la pratique participative - le pueblo pobre de los barrios y de las comunidades - révèle, par la spécificité de sa politisation, la grande limite de la théorie démocratique « occidentale » après le tournant délibératif : l'absence d'une définition cohérente de la démocratie, qui loin de se limiter à un ensemble de dispositifs, procédures, techniques de gouvernementalité, formes d'action « du bas » et « du haut », est aussi une grammaire politique régissant le partage entre les « aptes » et les « inaptes » au politique, grammaire que les acteurs populaires des barrios s'approprient en ancrant leurs pratiques participatives sur des mots chargés de « construire politiquement la réalité sociale » (justice, citoyenneté, nation, égalité, peuple…).
 

Atelier 3-1 : Habiter et participer

Discutants : Paula Cossart (CeRIES, Université Lille III) et Rémi Lefebvre (CERAPS, Université Lille II)
 

Jeanne DEMOULIN

LAVUE, Université Paris X

La participation des habitants dans le champ du logement social en France prend forme dans deux processus spécifiques : la mission sociale confiée par l'Etat aux organismes HLM et la transformation de la gouvernance des organismes HLM qui intègre des locataires aux prises de décisions. Je m'intéresse dans ma recherche aux logiques qui président à la mise en œuvre de ces deux types de participation et aux effets qu'ils peuvent avoir sur le bailleur et sur les locataires. En 1999, à propos des logiques de la participation des habitants dans la politique de la ville, Maurice Blanc montrait qu'on pouvait opérer une distinction entre logique éthique et logique pragmatique. Cette distinction peut être réenvisagée dans le contexte des organismes HLM. La participation prend ici sens dans un discours gestionnaire : dans une culture de résultats, il est nécessaire de responsabiliser les locataires sur des problématiques quotidiennes de gestion. Auprès des locataires, la participation est justifiée par un discours éthique : acquérir un comportement adéquat permettra aux locataires d'améliorer leur cadre de vie et leurs conditions de vie. J'essaierai ici de montrer que les logiques éthiques et gestionnaires, sociales et managériales, s'imbriquent dans les discours et les pratiques des bailleurs relatifs à la participation.
 

Camille DEVAUX


Depuis le début des années 2000, des collectifs d'habitants animés par la volonté de vivre « autrement » se constituent, afin de concevoir et gérer un immeuble au sein duquel ils disposent d'un logement privatif et partagent des espaces tels que salle commune, buanderie, jardin… L'expression d'habitat participatif désigne ces expériences, qui reposent sur une participation active des habitants.
Leur caractère expérimental et spontané n'en limite pas pour autant leurs effets sur les acteurs institutionnels de la production de l'habitat : élus, collectivités locales et promoteurs (sociaux essentiellement). En effet, alors qu'il y a encore deux ans, les collectifs se « méfiaient » de ces acteurs, ils tendent aujourd'hui à les ériger au rang de partenaires privilégiés.
Les effets recensés sont de plusieurs ordres, selon que l'on s'intéresse à l'« objet » habitat participatif ou à son « processus ».
Du point de vue de l'objet, le premier effet à relever est celui de l'interpellation : les acteurs institutionnels voient leurs représentations troublées et remises en question par les principes de l'habitat participatif. Le deuxième effet est propre aux pratiques de ces acteurs, portées à s'adapter voire à se reconfigurer.
Du point de vue du processus, on note, d'une part, des effets sur la décision et notamment la mise à l'agenda et, d'autre part, des effets sur la composition du système d'acteurs.
 

Annalisa IORIO


Au cours des dernières années, la France et l'Italie voient l'émergence d'une vague d'initiatives citoyennes qui visent à promouvoir des formes non conventionnelles d'habitat. Pourquoi peut-on parler d' « habitat participatif » à propos de ces expériences et en quoi consistent-elles ? Prennent-elles les mêmes significations dans les deux contextes ? Quels objectifs se donnent-elles ? Quel est le profil des acteurs impliqués ?
Notre recherche en anthropologie vise à répondre à ces questions ainsi qu'à expliciter les logiques, les dynamiques et les pratiques structurant ce type de projets. Cette communication se compose de trois volets : un point méthodologique autour de la pertinence et de la spécificité d'une approche anthropologique et comparative de ces processus participatifs expérimentaux ; une deuxième partie concernant le sens accordé à l'expérience de la participation, ainsi qu'à sa structuration, au sein de ces projets d'habitat ; enfin, un cadrage de ces initiatives dans leurs contextes nationaux.
 

Sébastien JOLIS


Cette communication se propose d'étudier la participation des locataires dans le secteur du logement social public entre 1947 et 1963, où une loi rend obligatoire l'élection de deux locataires dans tous les Conseils d'administrations des Offices publics, ouvrant une nouvelle opportunité participative. Dans cette période, la participation des habitants n'est pas alors une modalité courante de l'action publique, comme elle le devient au cours de la décennie 1970. Cependant, l'étude de la réception de cette loi par les locataires eux-mêmes, à travers les archives de la première association représentative, permet d'appréhender leurs espoirs et leurs attentes tout autant que les résistances, les contradictions d'un milieu militant qui n'est pas encore prêt à entrer pleinement dans le temps de la concertation. Si cette période ne révolutionne pas l'exercice du pouvoir et de la citoyenneté dans le logement social, elle n'en demeure pas moins une expérience fondatrice de participation.
 
 

Session 2.    12h00-14h00 : 3 ateliers en parallèle >>>>