Acteurs et chercheurs de la participation

Sommaire du n° 3/2016 paru en avril 2017

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Dossier

Acteurs et chercheurs de la participation : liaisons dangereuses ?

Dossier coordonné par Loïc Blondiaux, Jean-Michel Fourniau et Clément Mabi

Loïc Blondiaux, Jean-Michel Fourniau et Clément Mabi, « Introduction. Chercheurs et acteurs de la participation : liaisons dangereuses ou collaborations fécondes ?, Page 5 à 17

Judith Ferrando y Puig et Guillaume Petit, « Les usages de la réflexivité dans l’entreprise participative. Un enjeu identitaire aux implications pratiques, théoriques et marchandes », Page 19 à 43

Vincent Jacquet et Min Reuchamps, « Les « méthodologues » de la démocratie délibérative. Entre activisme citoyen et recherche scientifique au sein du G1000 et du G100 », Page 45 à 65

Frédérique Chlous, « Méthodologie participative : négociations multiples et reconfigurations des relations entre partenaires. Ateliers cartographiques dans l’archipel des Marquises », Page 67 à 88

Ludivine Damay et Florence Delmotte, « Observer la fabrique de la ville à Bruxelles : un détour par la participation », Page 89 à 112

Étienne Ballan et Jean-Marc Dziedzicki, « L’hybridation entre recherche et pratique : une condition pour faire progresser les pratiques de concertation d’un grand maître d’ouvrage », Page 113 à 135

Cécile Barnaud, Patrick d’Aquino, William’s Daré et Raphaël Mathevet, « Dispositifs participatifs et asymétries de pouvoir : expliciter et interroger les positionnements », Page 137 à 166

Mathieu Brugidou et Arthur Jobert, « Un sens commun délibéré. Retour sur une participation au processus de rédaction d’un avis du CESE sur la concertation », Page 167 à 193

Varia

Camilo Argibay, « Quand le savant devient politique. Sociologie de l’expertise du think tank Terra Nova », Page 195 à 222 

Pierre Odin, « Négocier pour mieux lutter : définition des problèmes publics et stratégies de mobilisation en Guadeloupe (2009) »,Page 223 à 248

Droit de réponse

Luigi Bobbio et Antonio Floridia, « Quand la sociologie critique devient une glace déformante », Page 249 à 265

Lecture critique

Jessica Sainty, « Comprendre le désintérêt des citoyens pour la participation : un chantier à venir ? », Page 267 à 283


Présentation du dossier

Dans un climat de crise démocratique majeure, comment les universitaires spécialistes de la par­ticipation citoyenne peuvent-ils et doivent-ils se positionner ? Dans un contexte fabriquant une grande diversité d’expériences dans les relations entre eux et les acteurs de la décision publique, les associations et les mouvements sociaux, comment les recherches qu’ils mènent peuvent-elles être utiles aux acteurs ? Valent-elles « une heure de peine », selon la célèbre apostrophe de Durkheim, si elles ne contribuent pas à transformer la société ? Ces interrogations, à l’origine du colloque intitulé « Chercheur.e.s et acteur.e.s de la participation. Liaisons dangereuses et relations fructueuses »  organisé à l’Université Paris 8-Saint-Denis les 29 et 30 janvier 2015 par le GIS Démocratie et Participation, nécessitaient de dresser un état des lieux de la place des travaux sur la participation dans l’action, de leurs usages par les autorités instituées comme par les mouvements sociaux. Il s’agissait de soumettre à la discussion critique tant les formes prises par les collaborations que les types de savoirs qu’elles produisent, les bénéfices mutuels qui peuvent en découler, les limites auxquelles elles se heurtent, mais aussi les évolutions qu’elles peuvent provoquer dans les relations de pouvoir et d’intérêt entre des mondes sociaux distincts.

Des relations complexes se tissent, parfois pour quelques heures, parfois plus durablement, entre acteurs d’institutions, de collectivités, de mouvements sociaux et de la recherche, entre champs professionnels, militants et acadé­miques. Elles peuvent prendre des formes variées : commande passée par une institution auprès de chercheur.e.s pour concevoir, animer ou évaluer une procédure ou un dispositif participatif ; décision de ces mêmes chercheur.e.s de prendre pour objet soit de tels dispositifs soit des mobilisations collectives ; sollicitation de chercheur.e.s par un mouvement social pour l’accompagner… Les objectifs de chacun des partenaires peuvent eux aussi énormément varier : souci de légitimation d’une démarche ou d’une cause ; volonté de disposer d’un regard réflexif sur ses pratiques ; moyen de valider des choix face à une hié­rarchie réticente ou dubitative ; aspiration à se faire reconnaître dans un champ académique… L’organisation de telles collaborations s’inscrit enfin dans des cadres plus ou moins contraignants : contrat écrit négocié par les partenaires ; « contrat de confiance » plus ou moins formalisé ; restitutions auprès des parte­naires associatifs ou institutionnels, etc.

Outre l’examen de ces relations et de ces expériences, le colloque, dont sont issues les différentes contributions de ce dossier, visait également à répondre à l’une des critiques les plus souvent adressées aux recherches sur la démocratie participative : celle d’être portées par des chercheurs plus militants qu’obser­vateurs, plus prophètes qu’analystes, incapables de trouver la juste distance vis-à-vis de leur objet et contribuant par leur discours exagérément « norma­tif » à faire exister une réalité dont ils surestimeraient l’importance sociale. L’engagement des chercheurs dans et par leur objet est-il une spécificité de ce domaine particulier de recherche ? Et si le fait était avéré, quelles conséquences cela aurait-il sur la qualité et la pertinence des connaissances produites ? C’est aussi pour répondre à ces interpellations récurrentes que le moment semblait venu d’interroger cette question des relations entre chercheurs et acteurs de la participation.

Pour ce faire, les initiateurs du colloque ont jugé qu’il était inenvisageable de ne donner la parole qu’aux chercheurs eux-mêmes. Ils ont sollicité aussi le point de vue des commanditaires et usagers de leurs travaux. Pour ne pas reconduire la liturgie académique et les effets de mise à distance des profanes qu’elle induit, ils ont encouragé les formats d’intervention les plus divers. Ont ainsi été favorisées les communications prenant la forme d’un témoignage, individuel ou collectif, et les interventions conjointes d’acteurs et de chercheurs ayant conduit ensemble un travail commun. C’est de cette matière riche, polyphonique et fortement incarnée qu’est né ce numéro. Les différents articles qui le composent ne répondent pas pour la plupart aux canons de l’article universitaire traditionnel. Écrits à la pre­mière personne, sur un mode délibérément subjectif, ils mêlent le récit d’une ou de plusieurs expériences de collaboration entre acteurs et chercheurs avec des éléments de montée en généralité, des pistes analytiques visant à répondre aux questions que le colloque a permis de soulever.