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L’engagement de "citoyens ordinaires" dans London Citizens

 
 
 
 
 
 
BALAZARD Hélène (2009), "L’engagement de citoyens ordinaires dans London Citizens. Entre construction de relations et participation politique", communication aux premières journées doctorales sur la participation du public et la démocratie participative, Ecole Normale Supérieure de Lyon, 27-28 novembre 2009.

 



 

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Extrait de l'article

 
Introduction
 
Le désengagement civique, la désaffiliation partisane, la versatilité de l’électorat et la hausse de l’abstention constituent autant de signes de ce qu’il est convenu d’appeler la crise d’une forme de politique centrée sur des institutions publiques et partisanes dont les origines remontent au 19ème siècle (Jouve, 2005). Au Royaume Uni, les gouvernements Thatcher et Blair ont encouragé les citoyens à se comporter comme des individus égoïstes. Les syndicats et partis sont en déclin et le nombre de Britanniques considérant que « les citoyens ont un devoir moral de s’engager dans la vie politique » est tombé de 70% en 1959 à 44% en 2000 (Faucher-King et Le Galès, 2007).

Cette évolution est accompagnée par la mise en place de nouvelles modalités de participation à la vie politique, le plus souvent à l’échelle locale. Parmi ces modalités, l’appel institutionnel à la participation paraît souvent davantage « donner le change que changer la donne » (Rui, 2007). Marion Carrel montre par exemple qu’en l’absence de relais associatifs et politiques, les expériences qui visent à introduire des citoyens dans le processus de décision ne peuvent avoir qu’un effet limité (Blondiaux et Cardon, 2006). Il existe ainsi un champ ouvert pour des initiatives permettant l’expression de voix critiques et le développement d’actions alternatives aux politiques gouvernementales. Au Royaume Uni, l’organisation London Citizens est une initiative de ce type.

London Citizens, qui se veut totalement indépendante du gouvernement, regroupe environ 150 institutions représentant la « société civile » (congrégations religieuses, universités, écoles, associations, syndicats…). Grâce à un dispositif participatif, une vingtaine d’employés, les organisers, cherche à identifier les principaux problèmes (salaire, logement, cadre de vie, emploi, sécurité, situation irrégulière) auxquels font face les membres de ces institutions et à mettre en place des campagnes pour les résoudre. A travers des actions collectives interpelant les élites économiques et politiques, l’organisation souhaite faire des habitants de Londres des citoyens qui prennent part aux affaires de leur cité et qui réalisent l’importance de créer des liens entre les différentes communautés. Ce type d’organisation très présent aux Etats Unis serait une voie intéressante pour « connecter des individus isolés, fabriquer du lien social, favoriser une coopération défaillante et politiser des problèmes privés. Elles inculqueraient des compétences civiques et relanceraient le débat public » (Cefaï, 2007). Nous proposons d’étudier la constitution du public de cette organisation ainsi que les différents modes d’engagements qui y coexistent. Pourquoi et comment des « citoyens ordinaires » s’engagent-ils dans London Citizens ?

D’une part, nous nous demanderons qui s’impliquent et avec quelles motivations. D’autre part, nous nous interrogerons sur l’évolution dans le temps de l’engagement. Il peut aller de la simple assistance aux manifestations et assemblées à la participation aux réunions stratégiques et stages de leadership, jusqu’à être employé par l’organisation. Au final, ce sont les stratégies de mobilisation mises en oeuvre par les organisers que nous aurons analysées. Nous posons l'hypothèse que la construction de relations en face à face structure la mobilisation au sein de London Citizens. Nous utiliserons les résultats des travaux d’observation participation menés depuis plus de deux ans au sein de l’organisation ainsi que d’entretiens réalisés avec divers membres de l’organisation (les organisers et des citoyens impliqués à des degrés différents).

En filigrane, il s’agit de s’interroger sur les relations existantes entre l’activité de London Citizens et la transformation des modes d’exercice de la citoyenneté et de la gouvernance locale.
 
 

Plan de l'article


London Citizens, un contrepied à l'appel institutionnel à la participation
  • Les limites de la participation des habitants à travers les politiques publiques anglaises
  • London Citizens, une participation politique par le bas
La mobilisation d'intérêts personnels divers
  • Intérêt direct et indirect, une coexistence fédératrice
  • Œuvrer pour un monde meilleur : Une organisation aux valeurs « caméléons » mais proche des valeurs religieuses avant tout.
La construction de relations au centre de la mobilisation d'un grand nombre de personnes dans London Citizens
  • Dénicher les leaders potentiels qui permettront la croissance « organique » du nombre de personnes mobilisées
  • Construire des relations de confiance en tête à tête pour mobiliser durablement
  • Une progression dans l'engagement pour une émancipation de la Société Civile
  • La reconnaisance pour intégrer tous les individus et notamment les plus marginalisés.
Conclusion : La recherche pragmatique d’un bien commun et la défense du pluralisme